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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Lundi 28 juillet 2008

Il revint à Montmorence honteux et balbutiant. Il traversa à sommeil trébuchant une nuit épouvantable. Virant et voltant dans le lit conjugal au grand dam de sa dame, il mixait et malaxait dans sa tête les conséquences du drame épouvantable que cette opération allait engendrer. Au petit matin, il posa son bagage. Il ne pouvait accepter cette infamie. Il ne souhaitait pas laisser dans l’histoire le souvenir du lâche qui saccagea une légende.

 

Mais comment faire pour contrer ces gens qui le tenaient par le fond du slip. Le grand sec, surtout, avait l’air terrible. Quant à son ministre, un seul geste devait suffire pour qu’il fasse jeter Lomagne dans un cul de basse-fosse. Il ne lui restait plus qu’une seule solution : se rendre dès potron-minet chez la mère Petit-Pas qui prenait son petit déjeuner sous son auvent.

 

Il lui expliqua en deux mots l’objet de sa visite. Cette lâcheté dont il n’arrivait pas à se débarrasser. Cette honte qui l’assaillait chaque fois qu’il devait couvrir une magouille. Il avait beau dire et beau faire pour se persuader de montrer un peu de courage devant ces beaux messieurs, ça ne tenait pas. Ils le manipulaient comme une marionnette.

Il révéla tout. L’usine, la pollution, la destruction de la cerisaie, tout. Il confessa son inexplicable couardise, cette sueur infecte qui détrempait sa chemise chaque fois qu’il tentait de relever la tête. Cet incompréhensible tremblement qui agitait ses genoux chaque fois qu’il prenait ses ordres chez les bureaucrates de l’Isle-Bouzon. Tout cet argent malodorant et bien mal acquis qui encombrait les coffres du banquier Busard.

La mère Petit-Pas l’écoutait sans broncher. Tout juste si elle levait de temps à autre le nez de son bol de café. Il expliqua aussi que sa queue de renard lui avait laissé entrevoir un monde de bravoure et d’honnêteté duquel il se sentait exclu depuis des lustres. Lorsqu’il se tut enfin, elle le regarda droit dans les yeux et demanda :

— Qu’est-ce que vous voulez, exactement ?

Il affronta le regard argenté de la dame de Charmelune.

— Je veux retrouver ma queue de renard, madame Dromos. Avec elle, j’ai l’impression de pouvoir sauver le monde.

Un pâle sourire erra un instant sur le visage de la vieille dame.

— On ne vous en demande pas tant mon ami.

Suspendu à ses lèvres, Lomagne attendait.

— Ce n’est malheureusement pas possible de la faire repousser, expliqua patiemment Claudika Dromos. Mais je peux néanmoins faire quelque chose. Attendez un instant et servez-vous du café. Vous devez avoir soif après tous vos discours.

Elle rentra dans sa cuisine et revint avec un petit sachet qu’elle posa sous le nez de Lomagne.

— L’amaranthus caudatus est cultivée dans les jardins sous le nom de queue-de-renard, dit-elle. J’y ai ajouté des graines de vulpin et deux ou trois autres choses encore. Vous comprendrez que je ne peux pas divulguer mes petits secrets. Prenez ça en infusion pendant trois jours à partir de ce soir. Vous verrez. Votre courage et votre ruse reviendront.

Lomagne s’empara du petit sachet comme s’il se fut agi d’une bourse emplie de diamants. Il prit congé à reculons, comme un laquais.

publié dans : Roman (extrait) communauté : Diaspora Zorange
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Lundi 28 juillet 2008

Montmorence, fief de Charles Lomagne, s’articulait de manière anarchique autour d’une artère principale à laquelle on accédait par la porte nord, dite porte de Cornefeuille. Cette avenue rigoureusement rectiligne, seule concession à l’ordre établi, regroupait tous les commerces à l’exception de l’échoppe de monsieur N’dialo qui se trouvait dans la rue de l’oubliette. Tout au bout de cette artère, l’église Saint Guignolet surplombait l’esplanade des Marasquins comme une marâtre toisant une bru indélicate.

L’église de Charmelune avait été bâtie sous le règne de Rigobert III Hadrumète, célèbre baladin devenu prince de la principauté de l’Isle-Bouzon après avoir, selon ses détracteurs, remporté le prix de bonne camaraderie à un concours de circonstance. Heureux de sa bonne fortune, ce monarque éclairé remercia le Tout Puissant en bâtissant la seule église au monde à orientation transitoire. Une merveille d’architecture montée sur pivot qui reflétait à merveille les convictions religieuses de Rigobert.

En effet, ce roitelet dont le domaine, coincé entre une monarchie catholique à la manière d’un John Duns Scot shooté à la mescaline et l’empire protestant d’un Jean Cauvin mentalement déstructuré prônant la prééminence de la religion sur la société civile, ne maintenait son intégrité territoriale qu’à force d’hypocrisie, de tergiversations et de toutes sortes de mercantileries dont l’opposition entre le principe d’individuation trinitaire et les ordonnances paulinienne d’un consistoire autoproclamé n’étaient que le sommet de l’iceberg. Rigobert ne comprenant rien à ce schisme syllogistique ferma ses frontières aux légats, apôtres et ambassadeurs des différentes factions. L’arrêt fit grand bruit et, comme chacun sait, provoqua la lamentable querelle des Paradigmes qui faillit bien entraîner l’Europe dans le chaos. Pour plus d’informations, je vous invite à consulter le remarquable In absentia vs praesentia (chez l’auteur) de Maxime Ribouillard. Une somme brillamment documentée à la plume alerte. Mais trêve de digression !

 Lorsque vous vous trouviez face à l’église…

Ah ! J’entends déjà les entomologistes fornicateurs ricaner. S’orienter grâce à une église croisée avec une girouette relève de la gageure la plus téméraire. Permettez-moi de stopper net toute palabre en précisant que le dispositif d’orientation transitoire était grippé depuis belle lurette.

Lorsque vous vous trouviez face à l’église, donc, vous aperceviez, derrière les chênes centenaires qui ceinturaient la place, sur votre gauche le café de la poste et sur votre droite la mairie. D’un côté, le fief de l’opposition, de l’autre, le repère journalier de l’érudition faite homme, à savoir le bureau du tout puissant monsieur Ribouillard qui organisait et modifiait l’état-civil selon son gré. De fait, ces messieurs du café de la poste, jamais avares de boniments à deux sous, certifiaient que le véritable maître de Charmelune n’était autre que ce remarquable clerc, célèbre auteur d’un recueil de poésie publié en Chine : Les discours incrédules pour opercule sous-titré.

N’empêche ! C’était bien Charles Lomagne qui avait été élu maire de Montmorence par défaut.

À ce stade du récit, permettez-moi d’ouvrir une parenthèse. Pour les lecteurs qui s’interrogeraient sur un éventuel sens de l’humour de monsieur Lomagne père, notons que celui-ci en était totalement dépourvu. Ce nom à l’humour discutable n’était que le reflet d’une tradition incontournable de Charmelune, à savoir donner le prénom de l’oncle paternel au fils aîné de chaque famille. Lorsqu’il n’y avait pas d’oncle, on se rabattait sur un cousin, ou bien dans les cas les plus extrêmes, on s’en remettait à la sagesse de l’employé d’état-civil. Voilà pour couper court à toute moquerie de mauvais aloi.

 

Malgré son nom à la consonance prédestinée, notre bonhomme ne possédait pas la bosse du pouvoir. En fait, depuis sa jeunesse tumultueuse, il n’avait qu’un souci en tête, fuir Charmelune et son folklore d’un autre âge pour entamer une carrière de chansonnier dans un des nombreux cabarets de l’Isle-Bouzon. Dans cette perspective, il s’était composé un personnage de renard matois et hâbleur prompt à ironiser sur les travers de ses contemporains nommé Janacek le Fennec. Son rêve prit de la gîte lorsqu’il reçut sa feuille de route afin d’accomplir son service militaire et se brisa définitivement lorsque son père mourut des suites d’un accident de travail et qu’il dut se résoudre à reprendre l’entreprise familiale.

 

Charles accomplit son service militaire dans la marine. Comme tout bon matelot, il bourlingua dans le vaste monde. À l’occasion d’une bordée dans un bouge de la mer d’Aral, il faillit perdre une oreille lors d’un duel contre un corsaire barbaresque féru de littérature celtique qu’il soulagea d’une partie de son nez. L’objet de la querelle fut de déterminer de manière irréfragable qui de Perceval ou de Galaad avait le premier mis la main sur le Graal. Les deux antagonistes fortement alcoolisés s’en tirèrent avec les honneurs et quelques pintes de bon sang en moins, mais il fut impossible de les départager.

À la suite de cette navrante péripétie, les autorités militaires, inquiètes de sa santé mentale, réformèrent Charles sans autre préambule et le placèrent d’office dans un hospice de Gérontopolis d’où il ne put s’évader qu’à force de bassesse et de corruption.

 

De retour à Montmorence, il crut bien voir sa vie sombrer dans un infrangible ennui. C’était sans compter sur les ressources infinies de la très sainte providence.

 

Le père de Charles était négociant en vin et ses affaires n’étaient pas florissantes. Nonobstant le fait qu’il était, comme se plaisaient à le dire ces messieurs du café de la poste « négociant en vain », il était également d’une distraction maladive. Il arriva donc qu’il tombât un soir dans un foudre vide sans que personne ne s’en aperçût. On ne le retrouva que trois semaines plus tard, mort de soif. Sa veuve se consola dans les bras de tout ce qui portait culotte. Aux dernières nouvelles, elle tiendrait un estaminet de réputation douteuse où, dit-on, le libre échange est de rigueur.

 

Tout ça pour dire que Charles Lomagne n’eut d’autre choix que de succéder à son père. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, il modernisa la chaîne de production, lança sa propre marque de guignolet et de kirsch, deux produits qui marchèrent du feu de dieu et convola en juste noce avec la fille du commissaire aux comptes de l’Isle-Bouzon.

 

Lorsque Benjamin Larescousse, maire de Montmorence depuis plus de trente ans, décida de prendre sa retraite, il ne manqua pas de postulants au poste de premier magistrat du bourg. Je ne vous infligerai pas un énumération ennuyeuse, sachez seulement que nombre de ces messieurs du café de la poste virent leurs nuits agitées par des rêves de toute puissance. Cependant, le beau-père de Charles avait le bras long au point d’imposer sa volonté à tout récalcitrant susceptible de se hausser du col. Les ardeurs politiques de ces messieurs furent prestement calmées par l’intervention fortuite mais convaincante de quelques nervis dépêchés par certain notable de l’Isle-Bouzon fervent adepte du népotisme.

En quelque obscur cabinet, on sut persuader Charles Lomagne de se présenter à la mairie au motif de préserver l’intégrité et l’indépendance de Montmorence. Comme on le voit, si les antiques rouages de l’église saint Guignolet étaient grippés, il n’en était pas de même de ceux de hautes instances qu’il m’est interdit de citer plus précisément.

L’équipe de Charles fut élue avec la majorité des voix moins les abstentions. Sa nomination en tant que maire ne fut qu’une formalité. Il joua son rôle de fantoche avec talent. Certes, certaines situations auxquelles il se trouvait confronté l’incitèrent souvent à ressusciter Janacek le fennec. Après réflexion, il se disait que la situation ne méritait pas la perte des privilèges exorbitants dont il bénéficiait. Notons que dans les cas les plus extrêmes, lorsque sa conscience le tourmentait trop, son épouse savait étouffer ses désirs de rébellion avec un sens de la persuasion digne des plus talentueuses courtisanes.

 

L’épisode assez fâcheux de l’exhortite bestiale raviva les ardeurs de l’opposition qui voyait là l’occasion de faire cesser la pantomime affectée de Charles Lomagne. Ce même Charles Lomagne qui reprit, si j’ose dire, du poil de la bête, au point de regretter la disparition de son appendice vulpestre. Pourvu de cette queue amarante et frénétique, il s’était senti pousser des ailes de justicier. Pendant les deux jours qu’avait durer la pandémie, une énergie nouvelle l’avait investi. Sa queue de renard, enfin, l’autorisait à jeter sa défroque de clown à la solde des autocrates de l’Isle-Bouzon et par extension de retrouver cette once de probité qu’il avait perdue dans cet asile gérontopolitain.

 

Malheureusement, ses nouvelles dispositions s’évaporèrent comme une bouteille de guignolet au café de la poste. Il ne fallut que quelques jours pour qu’il retrouve ses trois sinistres amies : Prévarication, concussion et malversation.

 

Un jour, pourtant, cette sempiternité cessa. Un billet porté par coursier le convoqua en un certain cabinet de l’Isle-Bouzon. Aux ordres, monsieur ! Séance tenante.

Les autorités lui annoncèrent la construction prochaine d’un complexe pétrochimique destiné à la production de nitrométhane, de monoxyde de carbone et d’oxyde de soufre. Charles s’inquiéta de savoir où cette usine à gaz allait être érigée. On déroula sous ses yeux horrifiés une carte de Montmorence. Un personnage jusque là muet, sec comme un coup de trique, et que l’on présenta comme un émissaire du ministre des opérations frauduleuses posa son doigt sur un endroit précis : la cerisaie.

— À charge pour vous de persuader les Montmorençais du bien fondé de l’opération. Naturellement, nous ne vous oublierons pas.

La voix rouillée de l’échalas agaçait l’oreille. Une sorte de vertige submergea Charles Lomagne. 

— Mais enfin, la cerisaie. Vous n’y pensez pas.

— Qu’avons-nous à faire de quelques arpents d’arbres fruitiers. Rassurez-vous, monsieur Lomagne. Si c’est pour votre production que vous vous inquiétez, il existe de nos jours de nombreux substituts de synthèse plus économiques et plus rentables.

— S’il n’y avait que ça. Mais la cerisaie, messieurs, avec tout le respect que je vous dois… enfin, quoi, un auteur russe s’en est inspirée pour écrire sa pièce… et puis la pollution.

— Il suffit, Lomagne !

Le maire se recroquevilla sur lui-même comme un haricot déshydraté. Sévèrement tancé par son beau-père qui le convainquit une fois de plus d’accepter sans broncher un marché de dupe, il s’entendit accepter de raser la légendaire cerisaie de Charmelune. Sa lâcheté l’emportait une fois de plus. (à suivre)

publié dans : Roman (extrait) communauté : L'écriture dans tous ses états
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Samedi 7 juin 2008

Juin 2018 : Bataille d’Albuquerque.

 

À Albuquerque, le monde s’est ouvert les veines.

 

Nul ne sut jamais par quelles étranges circonstances autant de belligérants se retrouvèrent confrontés dans les plaines du Nouveau-Mexique ou embusqués sur les contreforts du mont Taylor. Toutes les factions, ou presque, y furent représentées.

 

Certains pensèrent à cette époque que le siège d’Albuquerque serait le plus grand désastre que l’humanité ait jamais connu. Ceux-là ne pouvaient pas prévoir que le désespoir trouverait son point culminant quelques mois plus tard dans le sud de la France lors de la bataille des trois rivières. Ce fut là qu’on ouvrit la boîte de Pandore. Ce fut là que G.W.M.S.S. prit son essor.

 

Quant aux derniers combats qui mirent fin à la guerre, la campagne du Guadalquivir, les événements qui s’y déroulèrent glorifièrent l’absurdité la plus inconcevable. Cette bataille parapha l’abjecte abomination que l’univers connu nommera la Grande Modification.

 

27 juin 2018

 

À l’affût du moindre renseignement susceptible de changer le cours de la bataille, les caméroptères chinois tournoyaient comme des frelons dans le ciel d’Albuquerque. Dégringolant à une vitesse vertigineuse des satellites géostationnaires de surveillance, des drones traqueurs fondaient sur eux tels des éperviers sur des musaraignes. À l’approche de leurs objectifs, un bourdonnement insensé signalait la mise en route de leur système de destruction sonique. Avec une agilité déconcertante, les caméroptères esquivaient l’attaque grâce à leur dispositif précognitif. Lorsque les drones de l’Alliance ne s’écrasaient pas, emportés par leur élan, ils remontaient comme des balles et finissaient par détruire quelques cibles aussitôt remplacées par de nouveaux appareils autogénérés par leur système reproductif post mortem. Les soldats avaient surnommé les caméroptères les flying bugs, les cafards volants. « T’en écrase un, il libère ses œufs et contamine toute l’appartement. » Imparable.

 

Retranchées dans les faubourgs d’Albuquerque, les troupes régulières du général Buchner, chef d’État-Major des forces de l’Alliance dans cette partie du monde, ne pouvaient plus reculer.

Malgré l’assistance de 400 chars Sting disséminés autour de la ville, de batteries antiaériennes Naja à visée conjecturelle modèle 2012 – une amélioration significative des Orgues de Staline tirant par rafales de 50 unités/secondes des missiles sol-air 666 à uranium appauvri – et la vaillance des combattants, l’Alliance s’affaiblissait de jour en jour.

 

En face, les néo-soviets, guère mieux lotis, n’en croyaient pas leurs yeux. C’était le boomerang historique qui leur revenait en pleine gueule. Stalingrad à l’envers. Impossible d’investir la cité. Certains officiers chuchotaient que l’intérêt stratégique d’Albuquerque ne méritait pas le sacrifice de milliers d’hommes. À Moscou, on s’impatientait cependant. Depuis l’intrusion des divisions néo-soviétiques par le détroit de Béring, c’était la première fois qu’on rencontrait une telle résistance.

 

À Denver, l’aviation russe forte de 300 appareils encore en état de marche s’ingéniait à trouver une solution, sans succès. La plupart des bombardiers étaient cloués au sol par les chaînes de brouillage américaines. Quant à la chasse, les pilotes mongols et leurs Mig 50 à propulsion neutronique ainsi que les Sukhoï 127 du commodore Boulgakov ne purent jamais franchir les barrages de feu dressés par la DCA de l’Alliance. C’était comme si une guêpe tentait de franchir les pales d’un ventilateur en fusion. Le batteries Naja crachèrent leur venin pendant soixante-douze jours d’affilé détruisant les neuf dixième de la flotte aérienne néo-soviet. Contre le rideau de fer, le rideau de feu. Elles s’arrêtèrent faute de munitions et fautes d’opérateurs.

Malgré la surextension logistique, les Australiens ne parvinrent jamais à assurer le ravitaillement des combattants décimés par les terrifiants Scorcher-men du djihad d’Azraël, ce mouvement islamiste ultra-radical rallié aux néo-soviets pour des raisons demeurées obscures.

 

Les escadrons suicide du djihad d’Azraël harcelaient sans cesse les positions de Buchner. Les effectifs des disciples du djihad d’Azraël, les Scorcher-men, paraissaient inépuisables. On racontait dans les rangs qu’ils avaient échangé leur sang contre du napalm condensé et leur âme contre une boîte d’allumettes. Ils s’infiltraient par centaines à l’intérieur des lignes de l’Alliance. Grâce à leurs tenues caméléon ils passaient inaperçus jusqu’à ce qu’ils décident d’exploser. Un de ces salopards islamistes pouvait se tenir à deux mètres de vous sans que vous vous en doutiez – sauf s’il avait forcé sur l’after-shave chuchotait-on pour désamorcer la peur – mais tout le monde savait que ces ordures ne se rasaient pas. Quand l’un d’eux lâchait la purée, tout s’embrasait instantanément dans un rayon de cinquante mètres. Il leur suffisait de formuler mentalement un code énoncé sous forme de mantra pour déclencher la formule grillade à 15 dollars avec supplément sauce barbecue. Le dispositif implanté à l’intérieur de leur cerveau déclenché des vagues de chaleur de plusieurs milliers de degrés en une fraction de seconde. Le truc marrant, c’est que certains, ne maîtrisant pas leurs pensées parce que insuffisamment formés, vitrifiaient parfois leurs propres camarades avant de partir au grill-room. Les Russes s’en méfiaient comme de la peste et les avaient relégués aux lisières de leurs lignes avec un no man’s land de cent mètres. La nuit, parfois, on voyait des éclairs mauves du côté de Santa Fe et de Colorado Springs.

 

Les forces en présence se retrouvaient pat.

 

Moscou dépêcha en urgence le général Sakhalinski. Il remplaçait in extremis le maréchal Fedorov suicidé pour incompétence notoire. Raisonnant selon la loi des rendements décroissants, Sakhalinski décida arrêter là les festivités pour favoriser les opérations au sol ; à l’ancienne. « Plus vous bombardez, expliqua-t-il, plus vous fournissez des ruines, donc des caches à l’ennemi. Depuis quand favorisons-nous la racaille yankee ? »

 

Il dépêcha la 17e division aéroportée, la division Beria. Ces troupes de choc s’étaient illustrées sur le front nigérian pendant la révolte des Mossis en 2013 et à Kaboul lors de la reconquête de l’Afghanistan en 2015. Uniquement composée de vétérans rompus à toutes les techniques de guérilla urbaine, la division Beria se cassa les dents.

Ceux qui avaient osé s’aventurer dans les égouts se heurtèrent aux torpilles fouisseuses à rayonnement thermique. Mettez votre chat dans votre micro-ondes et vous aurez une petite idée du sort de ces audacieux. Le lieutenant-colonel Willis s’était frotté les mains de satisfaction. « Les cons ! Ils se croient où ces enfoirés ? En face d’une tribu zoulou ou d’une bande de barbus ? Avec les compliments de l’armée des États-Unis d’Amérique, tovaritch ! »

Ceux qui tentèrent une percée par Central avenue se prirent une solide déculottée par les parachutistes polonais de l’unité Anders qui leurs tombèrent dessus comme des piranhas sur une charogne.  Grâce à leurs fusils d’assaut à munitions vectorielles Banach, ils ne laissèrent aucune chance aux Russes. Malgré de lourdes pertes, ils raccompagnèrent messieurs les cosaques aux portes de la ville à grands coups pieds dans le cul. Ils ne purent malheureusement rien contre les Scorcher-men qui traînaient dans le coin.

 

« Qu’est-ce que ces enculés de communistes athées sont allés s’acoquiner avec les fanatiques religieux les plus défoncés de la planète ? », s’était exclamé le président Cooper, le célèbre humoriste de Las Vegas reconverti dans la politique, lorsqu’il avait appris la nouvelle au tout début des hostilités. « Ces types sont si dangereux qu’ils ont réussi à faire passer Ben Laden pour Santa Klaus ? ». Personne n’avait ri.

 

publié dans : Roman (extrait) communauté : L'écriture dans tous ses états
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Mercredi 14 mai 2008

Tout citoyen se rendant à la mairie de Montmorence se trouvait confronté à un homme replet, au dos de coléoptère et à la panse conquérante. Ses bajoues ornées d’amples favoris louis-philippards dégringolaient sur un goitre débordant d’un antique col de celluloïd. Embusqués derrière des lorgnons juchés sur un nez de chouette, ses petits yeux grisâtres vous observaient à la dérobée, comme pour vous signifier votre appartenance à une espèce tombée en désuétude. Lorsque enfin, il daignait répondre à votre requête, c’était d’une voix de violoncelle neurasthénique qui suscitait chez vous un vague sentiment de médiocrité. Enfin, si par mégarde il consentait à vous adresser un sourire, vous vous sentiez soudain conforté dans votre rôle de persona non grata. A cela nulle autre échappatoire que de vous présenter comme l’admirateur éclairé d’un certain opuscule par lui publié à compte d’auteur. Aussitôt, ses bras se déployaient de part et d’autre de son énorme carcasse comme des ailerons d’éléphant de mer. Vous assistiez alors à la transfiguration de l’acrimonieux copiste en un aimable poussah prêt à se couper en quatre pour vous rendre service.

Maxime Ribouillard était le rejeton d’un père receveur des postes et d’une mère docteur ès numérologie. Ce couple assez mal assorti – d’aucuns y voyaient le mariage de la carpe et du lapin – s’affrontait sans cesse en une perpétuelle scène de ménage qui eut amusé bon nombre d’entre nous nonobstant un incessant concert de portes qui claquent propre à déconcentrer l’anachorète le plus zélé.

Qui veut expliquer les velléités littéraires de Maxime Ribouillard ne peut faire l’impasse sur les circonstances exceptionnelles de sa naissance.

En effet, alors que d’autres viennent au monde dans la soie et la douceur, l’employé d’état-civil de Montmorence était littéralement dégringolé du ventre de sa mère, en plein bureau de poste, lors d’un mémorable esclandre.

En préambule à la narration de cette affaire, précisons d’abord que monsieur Ribouillard père souffrait d’un tempérament volage et d’un priapisme triomphant qui le précédait partout comme un poisson-pilote son requin. Quant à Madame Ribouillard, c’était une femme difficile et son unique grossesse le fut également.

Or, il arriva qu’un matin, malgré les exhortations du médecin qui lui recommandait de garder le lit et son calme, cette femme récalcitrante et vindicative déboula comme une furie dans le bureau de son receveur de mari sous prétexte qu’elle avait lu dans les nombres la possibilité d’un adultère consommé de celui-ci avec l’épouse d’un négociant en vin mort de soif.

En fait, faisant fi des pronostics numérologiques de son épouse, l’insouciant monsieur Ribouillard père était en pleine séance d’oblitération sur la personne de mademoiselle Bamako Assomption, technicienne de surface, qui pour l’occasion, lui administrait moult caresses dont le célèbre limaçon burkinabé bien connu des missionnaires en mal de position. Lorsque madame Ribouillard, née marquise de Lampion-Corail, se rendit compte de sa méprise – pensez donc une domestique, d’outre-mer de surcroît – elle en ressentit une telle humiliation qu’elle fut prise de violentes contractions. Remontant à la hâte son pantalon qu’il portait en vrac sur ses souliers, monsieur Ribouillard père envoya derechef le petit télégraphiste chercher le toubib tandis que la préposée à l’entretien des sols s’enquérait d’une cuvette d’eau bouillie et de quelques serviettes. Comme quoi la solidarité féminine n’est pas un vain mot.

Lorsque le docteur arriva sur les lieux, manches retroussées et lampe d’obstétricien sanglée sur le front, le bambin se débattait comme un beau diable au bout de son cordon ombilical. Au dessus de lui et pataugeant dans un amas de courrier en souffrance au milieu d’une vaste flaque de liquide amniotique, la parturiente se cramponnait toutes griffes dehors à son bougre de mari qui ne savait quelle contenance prendre. Chacun pouvait lire dans ses yeux que l’affaire se réglerait à la maison après la toilette du bébé qu’on décida d’appeler Maxime. D’autres, plus perspicaces, aurait déchiffré sur le visage de madame Ribouillard l’expression d’une vengeance à venir digne de l’Apocalypse de Jean.

C’est sans doute suite à ces événements pour le moins inattendus que Maxime Ribouillard afficha d’assez bonne heure une prédisposition pour les lettres et les bains de mer.

Au retour du travail et pensant sa femme calmée, le receveur des postes assura avec candeur qu’avoir perdu la tête pour une simple femme de ménage ne portait pas véritablement à conséquence. La veuve d’un négociant en vin, par contre, il voulait bien admettre que l’aventure eut été autrement plus grave. S’ensuivit un tel cataclysme conjugal, que le nouveau-né, à l’instar d’un certain petit garçon qui ne voulait pas grandir, décida que ce monde ne valait pas la peine d’être entendu. Bref, Maxime Ribouillard se révéla par la suite sourd comme un pot malgré les performances cophochirurgicales et tympanoplastiques de la Faculté.

Nonobstant ce handicap, il assuma une scolarité discrète et sans relief bien que sporadiquement éclairée de prouesses rédactionnelles. Peu friand de jeux de billes et de ballon, Maxime entreprit très tôt une odyssée bibliophile qu’il se chargerait plus tard de relater en une suite de rapports circonstanciés rédigés à la plume d’oie du Gers.

Lorsqu’il eut décroché son diplôme de fin d’études, ce fut tout naturellement qu’il devint premier greffier au tribunal de moyenne instance de l’Isle-Bouzon. Puis, las des péripéties judiciaires de ses contemporains, il brigua un poste d’officier d’état-civil à la mairie de Montmorence qu’il obtint sans difficulté.

Ne manifestant d’intérêt ni pour le football et ni pour les randonnées pédestres et ne prisant pas davantage les interminables palabres de ces messieurs du café de la Poste, il occupait son temps libre en noircissant des tonnes de papier d’une plume forcenée et prolixe.

Pour cela, il s’essaya à la poésie, à la prosodie et au plaidoyer. Il composa des comédies, des tragédies et divers essais. Puis des drames, des mélodrames et des proclamations. Enfin, il se découvrit des dispositions pour les idéogrammes, les pictogrammes et les boustrophédons.

Sacrifiant au progrès, il fit l’acquisition d’une machine mécanocalligraphique qui lui permit d’améliorer son rendement.

Ceci expliquant cela, Il eut rapidement l’ambition d’être publié et reconnu.

Il posta sa prose tous azimuts et attendit.

Un étrange reflet de sa névrose éclaboussa le monde de l’édition d’une prosopopée jaculatoire, d’un florilège de synecdoques et d’un spicilège d’énumératives antonomases. Au gré de ses manuscrits, il manipulait la métonymie, hasardait les antiphrases et déconstruisait avec ferveur l'antithèse et la métalepse. Sans vergogne aucune, il assénait les métaphores et les hyperboles comme un boxeur ses uppercuts pour enfin laisser le lecteur groggy à force d’hypallages et d’hypotyposes.

Rien n’y fit ! Aucun éditeur ne fut intéressé.

Certaines mauvaises langues – ces messieurs du café de la poste pour ne pas les citer – se gaussaient du plumitif en racontant qu’il s’effémina en renaudant au concours Interallié.

Son travail à la mairie s’en ressentit. Sa surdité mentale s’aggrava. Il arriva même qu’il ne comprît pas le vœu bien légitime d’un père de famille certes éméché autant qu’ému mais cependant fort désireux de prénommer son fils Lazare Bernard Paul.

Quelques remontrances bien senties de monsieur le maire achevèrent de déstabiliser le fonctionnaire scrupuleux qu’il s’efforçait de paraître. Du coup, la luxuriance de sa plume en souffrit tant que le bonhomme perdit quelques livres ainsi qu’une bonne partie de son latin.

Dès qu’il s’installait à sa table de travail, sa main se métamorphosait en un idiot gantelet de coton impropre à la rédaction de quoi que ce fût, jusques et y compris la liste des commissions. Son bras se tétanisait et son esprit s’embrumait au point de lui procurer l’inexprimable sensation de posséder une cervelle de cumulo-nimbus.

Les semaines s’écoulaient. Les lettres de refus s’accumulaient dans sa boîte et son regret de ne pas être homme de lettres disloquait son esprit boiteux. Le conseil municipal pour une fois fit l’unanimité. La situation nécessitait d’urgence l’intervention de la mère Petit-Pas. Celle-ci, avisée sur l’heure, promit de visiter le malade dès que possible. C’est-à-dire le temps de s’habiller convenablement pour se rendre au bourg.

Ribouillard habitait dans une soupente agréablement aménagée, idéale pour un vieux célibataire. On ne lui connaissait aucune liaison féminine, ce qui déclenchait les ricanement égrillards de ces messieurs du café de la poste toujours prompts à se moquer d’autrui. Comment ces crétins certifiés auraient-ils pu imaginer la dévorante passion amoureuse que Ribouillard entretenait depuis des lustres avec la belle cordelière, la comtesse de Ségur et autre marquise de Sévigné.

Ce fut l’ombre d’une épave qui ouvrit la porte à Claudika Dromos. Il titubait dans son couloir comme un ivrogne. À ses joues de crapaud-buffle chaumées de barbe, son regard de loup aux abois et sa bouche torve, s’ajoutait un accoutrement d’épouvantail froissé et malodorant.

Il était évident qu’il n’appréciait que très modérément la visite de la vieille femme. Il s’efforça néanmoins d’afficher une expression accueillante car en dépit de tout préjugé, il ressentait beaucoup d’affinité pour tout être qui sortait de l’ordinaire. Personne ne peut réfuter l’existence d’une sorte de fraternité tacite entre les marginaux du monde entier. Un sentiment obscur qui semble proclamer : « Que le reste du monde aille se faire voir ! Nous nous comprenons, nous autres. C’est bien ce qui compte. »

Ribouillard s’effaça pour laisser entrer sa visiteuse. Ce ne fut pas si simple car la corpulence du bonhomme ajouté à la rondeur de la dame dans cet étroit couloir, c’était à peu de chose près l’équivalent de deux traversins dans une boîte aux lettres. De guerre lasse, Ribouillard oublia les convenances et s’engagea le premier vers la salle de séjour. La mère Petit-Pas trottinait derrière lui en farfouillant dans son sac à main de carton bouilli à la recherche de je ne sais quoi.

Ribouillard désigna une petite causeuse encombrée de vieux journaux qu’il débarrassa d’une main molle aux ongles crasseux et se laissa choir dans un vieux fauteuil de cuir. Il attendit.

La mère Petit-Pas s’assit du bout des fesses, bien droite, son sac à main posé sur ses genoux, les mains perchées dessus comme deux pigeons inquiets.

— Je ne vous demande pas comment vous allez, chuchota-t-elle. Je vois bien que la joie de vivre ne vous étouffe pas.

L’immobilité marmoréenne de l’écrivain ne l’impressionnait pas. Elle montra la machine mécanocalligraphique débranchée.

— Elle ne marche plus ?

Ribouillard laissa filtrer un profond soupir d’ennui. On aurait dit un vieil accordéon qui s’avachit sur le tapis. Il épousseta une poussière imaginaire sur son tricot, sortit de sa poche un méchant mouchoir, se moucha bruyamment et consentit enfin à répondre.

— Si. C’est l’auteur qui ne marche plus.

— Oui ?

— Je me suis cassé le bonnet pendant si longtemps à écrire, à l’instar de Balzac, ma propre comédie humaine. Je me suis ruiné en timbres, tiens c’est mon père qui doit bien rire, là-haut, j’ai dépensé jusqu’à mon dernier sou pour envoyer mes manuscrits à tous les éditeurs du monde connu. Ces philistins rudimentaires… Pff ! Tout ça pour rien ! Ils n’ont rien compris à mon œuvre. L’ont-ils seulement lue ? Allez savoir !

— Alors ?

— Alors quoi ? Que voulez-vous que je fasse. Ma plume se meurt, mon esprit tombe en lambeau. Cette machine ? J’aurais aussi bien pu acheter un moulin à légumes. Ça vous fait rire ?

— Vous êtes risible. Vous vous découragez dès le premier obstacle. Que croyez-vous ? Que le monde n’attend que vous ? Ces éditeurs que vous traitez si mal, vous pensez réellement qu’ils n’ont d’autres soucis que de s’occuper de votre œuvrette ? Pensez donc ! Ces messieurs les éditeurs s’ennuient ferme, ces jours-ci. Ils attendent avec impatience que vous daigniez leur soumettre votre travail qu’ils devront lire d’un œil reconnaissant pour enfin s’exclamer : « Chapeau bas, messieurs ! Hugo est enfoncé ! »

Pour toute réponse, Ribouillard expectora gravement dans sa guenille.

— Savez-vous au moins combien de manuscrits reçoit chaque jour un éditeur, monsieur Ribouillard ? Il leur en arrive par wagons entiers, chaque jour. Des tonnes de manuscrits qui s’amoncellent. Les gens comme vous se comptent par milliers. Chacun y va de ses mémoires, tout le monde évoque une saga familiale captivante, une destinée à nulle autre pareille, chaque écrivaillon est tellement admiratif de son propre nombril qu’il ne doute pas un seul instant que l’univers entier se prosternera devant son génie. Allons, monsieur Ribouillard, vous ne me ferez pas croire qu’un lettré tel que vous peut être sa propre dupe.

Ribouillard s’était redressé. Il condescendait enfin à faire montre d’une once de dignité. Cette bonne dame avait fait mouche. Comme d’habitude, elle avait su marquer la bête à l’endroit idoine. Il ne lui restait plus qu’à porter l’estocade.

— Pour nous, qu’avez-vous écrit ? Jusqu’ici vous vous êtes contenté de griffonner de la paperasse, de noircir des formulaires, réservant votre talent à de lointains et hypothétiques lecteurs. Y a-t-il une seule personne à qui vous ayez transmis votre connaissance livresque, votre immense érudition, ici à Montmorence ? Savez-vous seulement que monsieur Maringouin, notre instituteur, ne voit en vous qu’un obscur tâcheron. Pourquoi ne pas lui soumettre quelques-uns de vos textes ? Pourquoi ne pas rencontrer les enfants de l’école ? Qu’attendez-vous pour clouer le bec de ces messieurs du café de la poste en leur parlant de toutes les femmes dont vous êtes tombé amoureux au fil de vos lectures. L’un d’entre eux n’a-t-il jamais câliné Gabrielle d’Estrées ou Manon Lescaut ?

Maxime étouffa un ricanement.

— Je ne sais même pas s’ils sont capables d’obtenir les faveurs de la petite marchande de bisous.

Claudika se leva. Elle sortit un petit sachet de son sac qu’elle déposa sur la pile de vieux journaux.

— Faites-vous une tisane de ceci pendant sept jours. Ça va vous réveiller. Quand vous vous serez ressaisi, allez voir monsieur Lomagne. Il est question de la création d’une gazette.

Sur ce, elle prit congé du bonhomme sur le visage duquel un sourire se dessinait. En sortant, elle croisa le facteur qui lui adressa un clin d’œil complice. Il apportait la réponse enthousiaste d’un éditeur chinois.

publié dans : Roman (extrait) communauté : L'écriture dans tous ses états
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