Lundi 28 juillet 2008
Il revint à Montmorence honteux et balbutiant. Il traversa à sommeil trébuchant une nuit épouvantable. Virant et voltant dans le lit conjugal au grand dam de sa dame, il mixait et malaxait dans sa tête les conséquences du drame épouvantable que cette opération allait engendrer. Au petit matin, il posa son bagage. Il ne pouvait accepter cette infamie. Il ne souhaitait pas laisser dans l’histoire le souvenir du lâche qui saccagea une légende.
Mais comment faire pour contrer ces gens qui le tenaient par le fond du slip. Le grand sec, surtout, avait l’air terrible. Quant à son ministre, un seul geste devait suffire pour qu’il fasse jeter Lomagne dans un cul de basse-fosse. Il ne lui restait plus qu’une seule solution : se rendre dès potron-minet chez la mère Petit-Pas qui prenait son petit déjeuner sous son auvent.
Il lui expliqua en deux mots l’objet de sa visite. Cette lâcheté dont il n’arrivait pas à se débarrasser. Cette honte qui l’assaillait chaque fois qu’il devait couvrir une magouille. Il avait beau dire et beau faire pour se persuader de montrer un peu de courage devant ces beaux messieurs, ça ne tenait pas. Ils le manipulaient comme une marionnette.
Il révéla tout. L’usine, la pollution, la destruction de la cerisaie, tout. Il confessa son inexplicable couardise, cette sueur infecte qui détrempait sa chemise chaque fois qu’il tentait de relever la tête. Cet incompréhensible tremblement qui agitait ses genoux chaque fois qu’il prenait ses ordres chez les bureaucrates de l’Isle-Bouzon. Tout cet argent malodorant et bien mal acquis qui encombrait les coffres du banquier Busard.
La mère Petit-Pas l’écoutait sans broncher. Tout juste si elle levait de temps à autre le nez de son bol de café. Il expliqua aussi que sa queue de renard lui avait laissé entrevoir un monde de bravoure et d’honnêteté duquel il se sentait exclu depuis des lustres. Lorsqu’il se tut enfin, elle le regarda droit dans les yeux et demanda :
— Qu’est-ce que vous voulez, exactement ?
Il affronta le regard argenté de la dame de Charmelune.
— Je veux retrouver ma queue de renard, madame Dromos. Avec elle, j’ai l’impression de pouvoir sauver le monde.
Un pâle sourire erra un instant sur le visage de la vieille dame.
— On ne vous en demande pas tant mon ami.
Suspendu à ses lèvres, Lomagne attendait.
— Ce n’est malheureusement pas possible de la faire repousser, expliqua patiemment Claudika Dromos. Mais je peux néanmoins faire quelque chose. Attendez un instant et servez-vous du café. Vous devez avoir soif après tous vos discours.
Elle rentra dans sa cuisine et revint avec un petit sachet qu’elle posa sous le nez de Lomagne.
— L’amaranthus caudatus est cultivée dans les jardins sous le nom de queue-de-renard, dit-elle. J’y ai ajouté des graines de vulpin et deux ou trois autres choses encore. Vous comprendrez que je ne peux pas divulguer mes petits secrets. Prenez ça en infusion pendant trois jours à partir de ce soir. Vous verrez. Votre courage et votre ruse reviendront.
Lomagne s’empara du petit sachet comme s’il se fut agi d’une bourse emplie de diamants. Il prit congé à reculons, comme un laquais.
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Roman (extrait)
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