Vendredi 22 février 2008
Deux heures plus tard, la
mercière appréciait le résultat dans l’armoire à glace de Claudika. Ça moutonnait toujours, mais c’était sec comme de la limaille de fer. Elle remercia du bout des lèvres. Trop souvent échaudée,
elle doutait du résultat à long terme. Elle expliqua que oui, bien entendu, c’était bien, mais que voilà…
— Voilà quoi, s’impatienta Claudika.
— Le coiffeur…
— Est un bon à rien ! Et ce n’est pas faute de lui avoir transmis deux ou trois secrets. Les hommes… Ils croient tout savoir. Allez ! Rentrez chez vous, je vous ai assez vue. Et souvenez-vous qu’un grain de sable, aussi infinitésimal fut-il, peut enrailler la plus formidable des machines.
L’affaire aurait pu s’arrêter là. La chevelure de la mercière plus jamais ne graissa, ne huila ni ne lubrifia. Elle fit d’amples économies de coiffeur et de chemisiers. Elle diminua d’importance sa consommation de shampooing et de liquide vaisselle. Et quand on calcule bien…
Mais ces cheveux dégringolaient toujours sur ses frêles épaules comme des lianes amazoniennes encombrées de rhizomes et son complexe bien que fort atténué dans les premiers temps trouva une autre façon de s’exprimer.
Un petit garçon, un jour, accompagnant sa maman à la mercerie, demanda d’un ton fort candide :
— Dis, maman. Pourquoi la dame elle a des cheveux d’araignée ?
Sourire confus de la cliente. Sourire jaune et malgré tout commercial de la mercière. Sourire naïf du garçonnet inconscient du drame qu’il venait de susciter.
On avait dit naguère, à madame Philidor, qu’un grain de sable n’a pas un poil sur le caillou. Est-il bon de préciser qu’une araignée n’est guère pourvue capillairement parlant. Le petit métaphoriste en culotte courte, lui, bien ignorant de toutes ces choses, repartit avec sa maman, saluant bien poliment la marchande comme il le lui avait été chaudement recommandé. La mercière renifla de dépit.
En bref, certaines personnes ne sont jamais contentes de leur sort. Heureusement, la sainte providence dépêcha un émissaire en la personne de monsieur N’dialo. (mais ceci est un autre chapitre)
publié dans :
Roman (extrait)
communauté :
L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (3) recommander
ajouter un commentaire commentaires (3) recommander







Cela ne fit
guère rire Claudika non plus. Malgré son shampooing du midi, la doudoune capillaire de Cosette dégoulinait déjà sur son plancher fraîchement ciré. La dame de Charmelune pour une fois perdit
patience.
En
désespoir de cause, Cosette acheta à un Gill-box intersecting ; sur catalogue. Cet engin-là, c’est une machine assez complexe utilisée pour l'étirage de la laine peignée. Une arnaque ! Elle
conserva sa tignasse et perdit une somme rondelette pour un gadget qui ne tarda pas à rouiller dans l’arrière-boutique. On raconte que monsieur N’dialo l’a depuis récupéré.
Une fois par semaine,
Cosette Philidor se rendait au salon de coiffure. En soirée ! Lorsque plus personne ne pouvait décemment déranger l’opération de sauvetage capillaire du coiffeur.