Présentation

Rémunération de l'auteur

Me contacter

Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Janvier 2009
L M M J V S D
      1 2 3 4
5 6 7 8 9 10 11
12 13 14 15 16 17 18
19 20 21 22 23 24 25
26 27 28 29 30 31  
<< < > >>

Syndication

  • Flux RSS des articles
Jeudi 14 août 2008

Il est vraisemblable de penser que notre colossal virtuose fut heureux de ce cadeau. La preuve, il la baptisa du nom de Morency, ce qui dans sa langue signifiait « offrande ». Mais cette insondable vacuité qui l’accablait ne se dissipa pas pour autant, aussi décida-t-il de jeter sa gourme en jouant le long des chemins, accompagné de sa chèvre à qui il avait enseigné quelques tours et pas de danse.

 

Un jour, cependant, il arriva qu’il fût soudain en manque d’inspiration. Il s’était peu à peu lassé des vieilles rengaines et ses arpèges commençaient à s’éculer sous ses doigts gourds.

 

Il s’en ouvrit à la chèvre qui se moquait bien des états d’âme de son maître car pour l’heure elle se gavait de succulentes cerises à l’eau de pluie. Accablé par tant d’injustice, découragé par cet océan d’indifférence dans lequel il baignait, il leva les yeux au ciel espérant sans doute y trouver une once de réconfort.

 

C’est exactement à ce moment qu’il remarqua la plus gracieuse et la plus élégante créature qui dansât jamais sous la voûte céleste. Il fut immédiatement bouleversé par ce visage d’argent ondoyant des mille reflets d’un lac de montagne sous la lueur des étoiles.

 

Désireux d’en savoir plus sur cette belle inconnue qui virevoltait autour des nuages, il héla l’aubergiste qui le logeait pour la semaine. Il venait de signer pour quatre aubades silencieuses à interpréter sur le coup de midi moins le quart en l’honneur d’un roi fainéant local, mais le gîte et le couvert n’était pas compris dans le contrat.

 

L’aubergiste, un quinquagénaire grassouillet et timide avec un crayon sur l’oreille, s’avança tout embarrassé. Il craignait que le géant n’ayant pas assez mangé lui demandât un rabiot qu’il était bien incapable de fournir.

 

Imaginez son soulagement lorsque le géant déclara qu’il venait de tomber amoureux d’une inconnue aux pieds d’argent. Comme chacun sait, les amoureux perdent l’appétit. Même une passion de courte durée lui aurait permis de reconstituer ses stocks bien entamés par l’appétit féroce du gigantesque barde. L’aubergiste donna le renseignement comme s’il se fut agi d’un secret jalousement gardé puis s’éloigna en rédigeant déjà une liste de commissions.

 

Le géant demeura pensif. Ainsi cette demoiselle qui bondissait de nuage en nuage s’appelait Séléné. Il se leva de toute sa hauteur et tendit les bras vers le ciel. Cela devait culminer à… voyons… Enfin, il touchait presque les nuages, c’est dire. Malheureusement, suspendue dans les abîmes inversés d’un ciel sans fond, la céleste dulcinée demeurait inaccessible. (à suivre)

publié dans : Roman (extrait) communauté : L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 12 août 2008

Lorsque commence notre histoire, notre géant vient de passer trente ans de sa vie à étudier la musique et tous ses arcanes. Il maîtrise la fugue et le contrepoint. Il est incollable sur la gamme pythagoricienne diatonique et les intervalles mésotoniques de Zarlino, affublés de leur célèbre quinte du loup réputée fausse, n’ont plus de secret pour lui. Il se joue de la polyphonie et du plain-chant avec l’aisance d’un funambule et enfin, il contrôle avec maestria le légendaire diabolus in musica ou triton. Il a fréquenté tous les conservatoires et académies de musique, côtoyé les plus grands chefs d’orchestre et contribué à la calvitie précoce de nombreuses cantatrices. Le nez dans ses partitions depuis tant d’années qu’il en a oublié jusqu’à la nature du monde, il se demande avec amertume ce qu’il va devenir maintenant qu’il n’a plus rien à apprendre. Aussi un grand vide s’est installé en lui. Comme une pause suivie d’un point d’orgue.

 

Ses parents pourtant si fiers de lui se désolaient de cette subite et inexplicable langueur. Dans l’espoir de lui changer les idées, ils décidèrent de lui offrir une rareté pour l’époque, cette fameuse chèvre au pelage d’un éclatant vert pomme qui se régalait de cerises bien mûres. En fait, l’animal s’était enfui d’un laboratoire transalchimique tenu par des frères convers avides de soupe chromosomique. Elle avait finalement été capturée par les frères de la côte et revendue à la Santa Klaus Unlimited, firme spécialisée dans les jouets de luxe. (à suivre)

publié dans : Roman (extrait) communauté : L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Dimanche 10 août 2008

Posez un instant votre livre là, comme ça, sur vos genoux, et lisez la phrase suivante d’un air songeur, l’index posé sur la pommette, le menton bien calé entre le majeur et le pouce, le regard perdu dans le lointain. Vous y êtes ?

 

« Montmorence blotti contre la colline de Charmelune… »

Alors ? Rien ne vous étonne ? Rien ne vous questionne ?

Montmorence ! Charmelune ! Vous ne trouvez pas cette toponymie pour le moins curieuse ? Ne vous êtes vous jamais demandé quelle en était l’origine ?

 

Moi si, figurez-vous. Aussi, j’ai entrepris de nombreuses recherches et farfouilleries, exploré les musées les plus confidentiels, fureté dans d’obscures bibliothèques et grappillé toute sorte de renseignements dans de vieilles archives aussi conviviales que des sépulcres. Après maintes et moult péripéties paléographiques, j’ai enfin découvert la trace très ancienne d’un géant joueur de luth qui parcourait le monde sous la lune, accompagné d’une chèvre verte friande de cerises.

 

Ce géant portait un nom si imprononçable que chacun, après le lui avoir fait répéter trois fois, se contentait de l’appeler : bon géant, le grand humain ou encore le chevrier. D’autres, plus lettrés, du moins le croyaient-ils, le baptisèrent « le lutheur » mettant en exergue ce splendide barbarisme sous prétexte que notre colosse avait les épaules larges et robustes et qu’il jouait du luth gréco-romain.

Cet encombrant personnage vit le jour de l’autre côté du monde, légèrement à l’ouest de la grande chaîne du Dholiselinaghirion dont le mont Sadvhanakari culmine à 6708 diables selon l’ancienne mesure tchonlaï. Pour s’y rendre, il faut traverser deux océans et trois mers intérieures jusqu’au royaume de Pothalonie où vivent de grands gaillards si tristes qu’ils ne se réjouissent que de leurs propres funérailles. Ensuite, vous devez traverser la forêt des grands argousiers jusqu’à Gérontopolis où les gens sont si vieux que leurs pédiatres se sont fait paléontologues. Après une nuit de repos bien mérité dans l’un des nombreux hospices de la ville, il faut encore traverser le gué du Coelacanthe doré et emprunter la route 66 de l’Empire des Sixtie’s pendant 666 lieues jusqu’à la frontière du Lointainistan. Vous descendez à la gare de Terminomega et vous y êtes. (à suivre)

éa

publié dans : Roman (extrait) communauté : L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (1)    recommander
Vendredi 1 août 2008

Quatre jours plus tard, Charles Lomagne se présenta à la préfecture. L’huissier le regarda avec un intérêt non dissimulé. Sa fonction ne lui permettait pas de poser des questions, mais ne l’empêchait pas de cogiter. C’est en riant sous cape qu’il introduisit monsieur le maire de Montmorence dans le petit cabinet. Il n’avait pas été convoqué et son matricule allait chauffer. On ne dérange pas messieurs les bureaucrates comme ça.

Lomagne ressortit du cabinet moins de trois minutes plus tard, un sourire de renard sur les lèvres. L’huissier eut le temps de voir ces messieurs les bureaucrates affalés derrière leurs bureaux, l’un était pâle comme un mort, l’autre, la main sur le cœur, s’étouffait de rage en réclamant ses pilules. Lomagne lança à l’huissier ahuri :

— Janacek le Fennec est de retour et je vous fiche mon billet que la cerisaie à encore de beaux jours devant elle. Adieu l’ami et continuez d’écouter aux portes, c’est instructif.

Lorsqu’il réintégra son bureau ce jour-là, il trouva une petite carte rédigée d’une écriture menue.

« Je vous remercie de votre action, monsieur le maire. Vous êtes quelqu’un de bien, au fond. Mais je tenais à vous dire que je n’aurais jamais toléré qu’on touche à Charmelune. »

C’était signé C. S. Dromos.

publié dans : Roman (extrait) communauté : L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Blog : Sport sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus