Jeudi 14 août 2008
Il est vraisemblable de penser que notre colossal virtuose fut heureux de ce cadeau. La preuve, il la baptisa du nom de Morency, ce qui dans sa langue signifiait « offrande ». Mais cette insondable vacuité qui l’accablait ne se dissipa pas pour autant, aussi décida-t-il de jeter sa gourme en jouant le long des chemins, accompagné de sa chèvre à qui il avait enseigné quelques tours et pas de danse.
Un jour, cependant, il arriva qu’il fût soudain en manque d’inspiration. Il s’était peu à peu lassé des vieilles rengaines et ses arpèges commençaient à s’éculer sous ses doigts gourds.
Il s’en ouvrit à la chèvre qui se moquait bien des états d’âme de son maître car pour l’heure elle se gavait de succulentes cerises à l’eau de pluie. Accablé par tant d’injustice, découragé par cet océan d’indifférence dans lequel il baignait, il leva les yeux au ciel espérant sans doute y trouver une once de réconfort.
C’est exactement à ce moment qu’il remarqua la plus gracieuse et la plus élégante créature qui dansât jamais sous la voûte céleste. Il fut immédiatement bouleversé par ce visage d’argent ondoyant des mille reflets d’un lac de montagne sous la lueur des étoiles.
Désireux d’en savoir plus sur cette belle inconnue qui virevoltait autour des nuages, il héla l’aubergiste qui le logeait pour la semaine. Il venait de signer pour quatre aubades silencieuses à interpréter sur le coup de midi moins le quart en l’honneur d’un roi fainéant local, mais le gîte et le couvert n’était pas compris dans le contrat.
L’aubergiste, un quinquagénaire grassouillet et timide avec un crayon sur l’oreille, s’avança tout embarrassé. Il craignait que le géant n’ayant pas assez mangé lui demandât un rabiot qu’il était bien incapable de fournir.
Imaginez son soulagement lorsque le géant déclara qu’il venait de tomber amoureux d’une inconnue aux pieds d’argent. Comme chacun sait, les amoureux perdent l’appétit. Même une passion de courte durée lui aurait permis de reconstituer ses stocks bien entamés par l’appétit féroce du gigantesque barde. L’aubergiste donna le renseignement comme s’il se fut agi d’un secret jalousement gardé puis s’éloigna en rédigeant déjà une liste de commissions.
Le géant demeura pensif. Ainsi cette demoiselle qui bondissait de nuage en nuage s’appelait Séléné. Il se leva de toute sa hauteur et tendit les bras vers le ciel. Cela devait culminer à… voyons… Enfin, il touchait presque les nuages, c’est dire. Malheureusement, suspendue dans les abîmes inversés d’un ciel sans fond, la céleste dulcinée demeurait inaccessible. (à suivre)
publié dans :
Roman (extrait)
communauté :
L'écriture dans tous ses états
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander
ajouter un commentaire commentaires (0) recommander


Quatre jours plus tard, Charles Lomagne se présenta à la
préfecture. L’huissier le regarda avec un intérêt non dissimulé. Sa fonction ne lui permettait pas de poser des questions, mais ne l’empêchait pas de cogiter. C’est en riant sous cape qu’il
introduisit monsieur le maire de Montmorence dans le petit cabinet. Il n’avait pas été convoqué et son matricule allait chauffer. On ne dérange pas messieurs les bureaucrates comme ça.