Jeudi 27 mars 2008
avec la musique c'est encore mieux ! Cliquez et lisez !
Autour de moi, je n’entends plus que ricanements, sarcasmes et insultes. Ce ne sont pas des regards qui se posent sur moi, ce sont des torrents de haine, de mépris et de dégoût. À l’étroit dans une peau de boudin pourri, mon esprit s’engonce, se convulse, s’exonère de tout ce qu’il peut mais cette indigence sirupeuse l’étouffe comme une vomissure de graisse cholestérique bâillonnerait le pharynx d’un asthmatique. Je suis coincé dans un monde hors de moi, hors de lui et hors de sens.
De l’autre côté une voix hurle :
— Attendu que l’accusé s’est montré coupable de trahison envers sa destinée, attendu que le prévenu s’est incité lui-même, par la production en série de pensées morbides à souiller l’héritage de ses pairs, attendu que le coupable, déterminé à anéantir l’offrande que la vie lui a faite en s’immergeant dans la fosse septique que fut son existence par la seule volonté de son âme corrompue et blasphématoire !
ATTENDU QUE… ATTENDU QUE…
La litanie des accusations se déroulent à l’infini, sans trêves ni repos.
À bout de force, je me recroqueville sur moi-même. Mon alter ego vrille son doigt acéré sur mon plexus solaire. Il hurle et hurle encore. Mes tympans menacent d’éclater, des larmes incandescentes jaillissent de mes yeux comme des ruisseaux de sel, mes tripes se révoltent contre l’écœurement systématique de mes centres nerveux. Des séraphins sulfuriques introduisent des mèches rougeoyantes dans mes tympans, des démons lubriques arrachent mes vêtements, des harpies lapent de leurs langues râpeuses mes sphincters à vif, des musiciens infernaux cisaillent mon esprit velléitaire de leurs riffs émorfilés et péremptoires.
Je lâche prise. Je suis à terre. Je tremble. Les hurleurs se ruent sur moi comme des guêpes enragées sur une tartine de miel génétiquement modifié. Ils frappent, cognent, griffent, mordent et lacèrent en perforant mes entrailles comme des spores hostiles et invasifs. Des méduses sur mon corps meurtri. Des tentacules, des serres et des becs me labourent la chair. Je me désagrège lentement sous l’assaut.
Juste avant de perdre conscience, j’entends le dernier de hurleur présent rugir son verdict :
— QU’ON LE JETTE DANS LE GRAND EXTERIEUR ! (à suivre)
publié dans :
feuilleton
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L'écriture dans tous ses états
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Les hurleurs
se sont tus. Ils me contemplent, c’est tout. Je comprends soudain ce que peut ressentir la Joconde derrière sa vitre pare-balles. C’est malsain et édifiant à la fois. Là, assis sur cette chaise,
sous les regards empreints de consternation qui se posent sur moi, je réalise que plus jamais je n’irai au musée dans les mêmes dispositions d’esprit. En fait, ce qui me différencie de la
Joconde, c’est justement ceci : je ne lis aucune trace d’admiration dans ces sombres physionomies ; je ne perçois que du mépris, de l’accablement ou sur certains visages, l’expression
dégoûtée d’un kamikaze considérant son avenir. Mal à l’aise, je me redresse.