Vendredi 14 mars 2008
« Le lecteur, supposé passif, est en fait parfaitement actif dans le phénomène de lecture : il coopère au sens du texte, pour une bonne part, et d’autant plus que
l’auteur a laissé plus de " blancs " à combler ! Sentant qu’il y a un " blanc ", le lecteur en effet s’accroche d’autant plus au texte pour le découvrir ! » (Umberto Eco dans Lector in fabula)
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Trucs et techniques
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L'écriture dans tous ses états
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Là-dessus, le guichetier me fait signe de le
suivre. Il tient toujours ma carte d’identité entre deux doigts, mais elle a l’air de sentir moins mauvais. Il me précède dans un autre couloir, une sorte de boyau qui prend sa source juste
derrière le guichet. Je remarque au passage la pancarte : « Le guichetier est parti déjeuner. » Je hausse les épaules en me disant que c’est peut-être moi, le déjeuner, puis me
ravise. Il ne me semble pas détecter une lueur de gourmandise dans l’œil du guichetier lorsqu’il lui arrive de poser le regard sur moi. Nous arrivons à un croisement débouchant sur un
corridor plus vaste tapissé de rouge. Le guichetier pousse une porte, nous pénétrons dans un bureau de type soviétique, années 50. Au mur, le portrait d’un homme aux yeux de chien neurasthénique,
à la chevelure calamistrée et au sourire faux-cul. Ça sent le tabac froid, le papier moisi, les chaussettes après une longue marche dans des bottes en caoutchouc et un soupçon de saucisson à
l’ail. Le guichetier jette sa casquette sur un portemanteau, loupe sa cible, fait comme si de rien n’était et m’invite à prendre place sur un tabouret inconfortable. Lui s’installe derrière son
bureau, se cure consciencieusement le nez, en sort une boulette qu’il roule un instant entre ses doigts d’un air blasé et la colle sous sa chaise. Je frémis à la pensée de tout ce qui peut s’y
trouver. Là-dessus, il me lance un autre de ses regards peu amènes et s’empare d’un dossier en haut d’une pile composée de ses semblables. Il l’ouvre avec consomption, attrape un stylo qu’il
humecte rapidement sur sa langue. Je ne suis pas médecin, mais rien qu’à voir la couleur de celle-ci, je suis prêt à parier que ce gaillard-là ne suce pas que de la glace.