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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Dimanche 23 mars 2008

C'est notre esprit et notre main !
Voici la photo d'une piste de jeu de dada que j'ai dessiné sur de la toile marouflée sur un panneau de bois ; pour de vrai avec des pinceaux et des peintures qui salissent les habits, si, si je vous assure ! De la conception à la finition, comptez une cinquantaine d'heures de travail. (dimensions 50 x 50)
piste-dada.gif
 
L'appareil photo déforme légèrement l'image, en vrai c'est droit.

publié dans : Une création d'EnlumeriK communauté : Diaspora Zorange
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Dimanche 23 mars 2008

realisme_socialiste_07.gifLes hurleurs se sont tus. Ils me contemplent, c’est tout. Je comprends soudain ce que peut ressentir la Joconde derrière sa vitre pare-balles. C’est malsain et édifiant à la fois. Là, assis sur cette chaise, sous les regards empreints de consternation qui se posent sur moi, je réalise que plus jamais je n’irai au musée dans les mêmes dispositions d’esprit. En fait, ce qui me différencie de la Joconde, c’est justement ceci : je ne lis aucune trace d’admiration dans ces sombres physionomies ; je ne perçois que du mépris, de l’accablement ou sur certains visages, l’expression dégoûtée d’un kamikaze considérant son avenir. Mal à l’aise, je me redresse.

 

Je suis de retour dans le bistrot. Enfin, presque. Je note, çà et là quelques détails discordants dont le moindre n’est certes pas l’absence de vitrine donnant sur la rue. Imaginez le même décor étendu aux dimensions d’un hall de gare de province. Le comptoir, quinze mètres de long et surchargé de consommateurs accoudés. Derrière, un barman barbu et tout maigre, les bras croisés, l’air suffisant. Sa figure ne m’est pas inconnue. J’essaie de le visualiser sans barbe. Sans succès. Mon esprit se délite comme de la gélatine dans un bol d’eau chaude. Je tente de récapituler les derniers événements, la sortie outrée de la secrétaire de je ne sais plus quoi, l’empoignade des deux nervis, la bascule dans le vide-ordures à la suite de mon inutile dossier. Et puis… des rumeurs, d’incompréhensibles slogans prononcés par des voix surchargées d’alcool et de tabac. Une bousculade, le trémoussement de ma personne portée par d’innombrables poignes. La chaise, le silence pesant.

 

Ils se tiennent debout devant moi. Je me dresse face à mes… quoi ? Qui sont censés être ces gens ? Des accusateurs, des bourreaux, des spectateurs ?

Je n’aperçois aucune femme dans cette foule. Que des hommes, de tout âge. Il y a même des enfants, certains portent des nouveau-nés dans leurs bras, d’autres soutiennent des vieillards. Ils sont tous cet air de famille qui me met mal à l’aise.

L’un d’eux s’avancent. Il doit avoir à peu près mon âge, il est brun, de ma taille, il porte lui aussi des lunettes et… l’évidence me saute aux yeux comme un coup de pied au cul. Je me mets à trembler. Je demande : qui êtes-vous, qui sont tous ces gens ? La terreur gagne peu à peu les confins de mon esprit vacillant. Et c’est moi qui me mets à hurler lorsque je comprends enfin à qui j’ai affaire. (à suivre)

publié dans : feuilleton communauté : Diaspora Zorange
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