Dimanche 9 mars 2008
Moi qui m’apprêtais à me lever,
figurez-vous que j’en reste assis. Jambes de laine, c’est mon nouveau nom, il paraît. Gisèle, vous l’avez compris, c’est l’amour de ma vie. C’est vrai que c’est une drôlesse pas piquée des
hannetons, elle a ses défauts mais qui n’en a pas. C’est vrai aussi qu’elle m’en a fait voir de toutes les couleurs mais là, avouez qu’elle est en passe de battre des records. Du coup, j’ai la
cervelle qui cachemire aussi. Quoi ? Je sais bien que c’est de la laine de luxe, mais c’est de mon cerveau dont je vous parle, plus de mes guiboles. J’ai beau lire et relire cette fichue
carte, la tourner dans tous les sens, je ne parviens pas à comprendre le pourquoi du comment. De toute façon, ce n’est pas son écriture ; qu’elle a élégante et sensuelle. Là, on dirait que
c’est une chèvre qui a écrit ce truc.
Je cherche un clavier des yeux. En vain. La nuit tombe déjà, on n’y voit plus rien. J’actionne l’interrupteur de faïence, c’est pas aux normes, Léon, c’est pas aux normes, tu vas avoir des problèmes avec…
D’habitude, lorsque vous allumez la lumière dans ce genre d’endroit, c’est plutôt jaunâtre avec des chiures de mouche projetées en ombres chinoises tremblotantes sur des murs lépreux. Vous voyez le truc. Alors, tenez-vous bien. Au-dessus de ma tête, ce n’est pas une ampoule à filament qui pendouille au bout d’un fil torsadé. C’est une sorte de globe bleu tout hérissé de pointes. Le virus du sida, mais en plus joufflu. La lumière, bleue, donne l’impression de sombrer au fond d’un abîme et curieusement, l’espace autour semble se dilater. Comme si on avait subitement pousser les murs. Mais pas de clavier, nulle part.
Pris d’une intuition soudaine, j’arrache la pin-up. Bingo ! Le fameux clavier est là, incrusté dans le plâtre, à peine plus grand que celui d’un téléphone mobile. La texture me rappelle quelque chose. Je me penche, plutôt intrigué. C’est fait de la même matière que les sabots de Léon. Cette espèce de machin chitineux en peau de scarabée géant. Je pèse le pour et le contre. Tapez le code ou pas ? Je hausse les épaules. Après tout, je nage en plein délire, autant aller jusqu’au bout. Je pianote les 6 chiffres, je ponctue par une étoile et… Le chant des baleines se mue en hurlements de harpistes.
Je sais, vous vous dites que je glisse tranquillement dans le barbarisme le plus saugrenu, mais non. J’ai bien dit : « de harpistes ». Imaginez de cris de vieilles femmes s’étranglant dans les cordes de leur instrument et vous aurez une idée du chambard.
La pièce se met à méchamment tourner. Un bourdonnement insupportable me vrille les tympans. J’ai l’impression d’avoir oublié quelque chose mais quoi ? Je jette un coup de d’œil sur la pin-up froissée par terre. Je vois ses lèvres de papier articuler des mots que je ne saisis pas tout de suite. Et puis je comprends. La carte disait qu’il fallait taper le code et tirer la chasse tout de suite après. J’obtempère. Les hurlements s’éloignent. La virevolte des murs s’accélère et je me sens aspiré vers le bas, comme dans un maelstrom. Le sol se dérobe sous mes pieds. Je sombre dans un océan de lumière liquide. Au-dessus de moi, un spot publicitaire vantant les mérites d’un célèbre canard se met à beugler son slogan en deux lettres de feu. W.C. !
Loin au-dessous, j’entends une voix sarcastique dire : Avec Gisèle, descendez en rappel ou prenez-vous une gamelle ! (à suivre)
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L'écriture dans tous ses états
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