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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Lundi 14 avril 2008

J'avais choisi cette chanson pour le baptême de ma fille en  1977. Elle tourne toujours en concert. Puis-je vous présenter l'un de mes musiciens préférés, Peter Gabriel ! (Le grand béguin de ma soeur).

publié dans : L'armoire aux trésors communauté : Diaspora Zorange
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Lundi 14 avril 2008

Vous, je ne sais pas ce que vous regardez en premier chez quelqu’un, mais moi, ce sont les yeux. Enfin, si c’est un mec. Si c’est une femme,c’est… comment dire… légèrement différent. Rassurez-vous, je ne suis pas de ces fieffés hypocrites qui assurent s’intéresser d’abord au regard des femmes alors que leur attention dégouline vers leurs seins. Maupassant ne s’y était pas trompé en écrivant : « La poitrine, cette ronde et ferme enveloppe du cœur des femmes qui suffit aux hommes et les empêche de rien chercher dessous. »

Moi, je suis d’un autre acabit, guère plus rassurant ma pauvre dame. Ce que je regarde en premier chez une femme, ce sont ses jambes. Si celle-ci ressemble à deux pylônes homologué par EDF, là s’arrêteront mes éventuelles tentatives de séduction. Inutile de vous préciser que Gisèle a des jambes de reine.

Tout ça pour en arriver au moment où le pilote de cet engin tout droit sorti des manufactures infernales s’extirpe de son cockpit comme un bernard-l’ermite d’une coquille trop étroite.

Ce qui me saute aux yeux avec la même cinglance qu’un coup de trique dans la gueule d’un skin-head (J’ai des opinions très arrêtées sur la manière de soigner ces zozos-là), ce sont les reflets du soleil levant sur cette espèce de matière chitineuse en peau de scarabée dont sont faits ses sabots. Le reste vient après. L’œil qui pétille quand l’autre somnole. La matière vivante de son œil bleu-vert versus la matière minérale de son œil de verre. En voyant ma stupeur, l’éléphant de mer se marre comme une baleine derrière ses moustaches de phoque.

Léon !

La tignasse incendiaire du barman frissonne dans la brise matinale. Il a troqué ses pantalons de golf et son gilet celtique contre une combinaison d’aviateur en peau de requin. La modernité de sa coupe tranche avec l’obsolescence des sabots. Il baisse l’œil vers ses ceux-ci et hausse les épaules.

— Je suis tellement mieux là-dedans que dans les cuissardes réglementaires. Et puis, j’ai l’air d’une vieille drag-queen étouffée par la levure de bière dans leurs satanées trucs.

— Et la combinaison ?

Vous imaginez bien que je me moque comme d’une guigne de ce que ce râblé ventripotent soit à l’aise ou pas. Damned ! J’essaie juste de gagner du temps. Pour ceux qui n’ont pas lu le début ou les autres qui raccrochent les wagons, je rappelle quand même que ce quintal de muscles et de cholestérol m’a assommé juste avant de me précipiter dans cette lamentable aventure.

— Bah ! À la vitesse où roule ce catapultomobiloïde, il vaut mieux protéger son lard. Imagine les dégâts que pourraient faire le défragmentation de la turbine à dynamotectonique sur ta jolie petite gueule ?

Je reste sans voix. Il en profite pour enchaîner :

— J’ai mis du temps à retrouver ta trace. Lorsqu’on s’est vraiment rendu compte de notre bévue, il était trop tard. Ça sentait vraiment mauvais. C’est un coup de bigophone de l’Ostrogoth qui nous a confirmé le parfum. Il s’inquiétait de savoir pourquoi le vrai recyclable, ton pote Robert Jansen, était mort de vieillesse en 2032 alors qu’il aurait dû être détemporellisé le jour où t’es venu te saouler la gueule dans mon établissement. Il gueulait l’Ostrogoth, fallait voir. Comme un putois orphelin. J’en ai encore les oreilles en symbioses avec des alarmes de sous-marin. Du coup, Erwan s’est retrouvé aux fers, et moi, à tes trousses comme un blaireau après une fausse barbe. Je me suis farci les élucubrations du G.I.S.E.L.E. Jamais vu trois cons pareils. Je me suis cogné les hurleurs pendant trois plombes. Négocier avec eux c’est pire que d’entamer un duo d’opérette avec Joe Cooker. J’ai failli y laisser mon beau timbre altier. Enfin, ça c’est rien à côté des arguties du guichetier et des stridulances hystériques de la secrétaire chargée des reconversions atypiques. J’ai été obligé de la culbuter sur un coin de table pour enfin comprendre que les hurleurs s’étaient foutu de ma gueule et qu’ils t’avaient balancé dans le grand extérieur.

Là-dessus, il se met à farfouiller dans un coffre. Il en sort l’équivalent du catalogue des manufactures des armes et cycles de Saint-Étienne. Je vous épargnerai la lancinante énumération de tout ce fatras, Prévert l’a déjà inventé. Enfin, il brandit une autre combinaison en peau de requin et une paire de cuissardes mordorées.

— Enfile ça !

— Vous êtes sûr ?

— Absolument certain, bonhomme. Mais si t’as un problème, j’ai apporté le nerf de bœuf.

— Non, il n’y a pas de problème.

J’enfile le déguisement. Trois tailles de trop, au bas mot. J’ai l’air d’une drag-queen anorexique dans la combinaison d’homme de grenouille de Demis Roussos. À peine ai-je obtempéré que le mafflu me soulève et m’introduit à l’arrière du véhicule, légèrement plus élevé que le poste de pilotage. Il me sangle dans un harnais de sécurité, verrouille le capot, et m’assure que comme ça le vent ne risque pas de m’emporter. Je reprends mon souffle et m’informe.

— Où on va ?

— Au bistrot ! proclame Léon en démarrant sur les chapeaux de roues.

(à suivre)

publié dans : feuilleton communauté : L'écriture dans tous ses états
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