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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Dimanche 20 avril 2008

Le silence est palpable. C’est simple, rien que de vous en parler, j’en ai plein les mains. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il est poisseux mais je n’en suis pas loin.

Du dehors parviennent des plaintes de moteurs qui expirent, des crépitements de ferraille chauffée à blanc et une horrible odeur de caoutchouc brûlé qui prend à la gorge. Une femme tousse, l’iroquois rose bonbon se racle la gorge avant de proférer un juron que la décence m’interdit de vous répéter. À côté de moi, le claquement caractéristique d’un fusil qu’on arme me déflore l’oreille. Henri semble décidé d’en découdre malgré la  crainte que je lis dans son regard. Léon inspecte ses ongles, les autres consommateurs se dévisagent comme s’ils étaient à la recherche d’un traître.

La porte spéciale à double battant est restée ouverte. Une sorte de bourdonnement sourd fait trembler le sol comme la basse de Dusty Hill au dernier concert de ZZ Top.

— Les orthogènes sont en rogne, chuchote Léon. J’aime pas cette musique, attends-toi à du grabuge.

Sur scène, le clone d’Elvis commence à paniquer. Il invective ses musiciens grabataires pour qu’ils replient le matos fissa. D’une voix de fausset, il déplore le manque de sécurité et le cachet ridicule imposé par le patron de ce beuglant de troisième zone. (sic). Je constate comme une lueur d’agacement dans l’œil du barman. Soudain, je réalise que si ce mirliflore pailleté et ventripotent ne ferme pas son clapoir, c’est lui qui va déguster la décharge d’inauguration.

— Je paye cette vieille tarlouze 300 maravédis pour quatorze chansons mal rafraîchies, faudrait voir à ce qu’il me scie pas trop les feuilles l’enfifré, rouscaille Henri.

Au moment où Léon se propose d’ajouter quelque chose, une sorte de déflagration tonne à l’extérieur. Le silence s’épaissit une seconde pour finalement se briser dans un déchirement épouvantable de chat qu’on égorge. Je prends les jetons. À droite, une entraîneuse explique que ça y est, les orthogènes sont vraiment en rogne et que ça va chauffer pour les gyrovagues. À peine a-t-elle terminer son commentaire, qu’une sorte de sifflement rogue lacère l’ambiance suivi d’un bruit d’éclaboussure semblable à celui que ferait un préservatif gavé de blanc d’œuf éclatant sur du carrelage mouillé. Deux secondes encore et deuxième sifflement suivi d’une clameur détestable et triomphante. L’iroquois rose bonbon jette un œil inquiet à l’extérieur. Il tonitrue que les orthogènes sont Game over et, aspergeant de sang et de tripes tous les consommateurs des environs immédiats, explose comme un furoncle trop mûr dans un troisième sifflement. Une grosse blonde se met à beugler comme une truie que sa robe est foutue, un petit mec tout maigre à la moustache cérusée tombe dans les pommes et une sorte de machin tout en jambes coiffé d’un rutilant sombrero de plastique fluo se rue vers les toilettes. La foule reflue vers le comptoir. Le clone d’Elvis, ou très con ou très suicidaire, (allez savoir avec des guignols pareils), se précipite dehors en brandissant une guitare comme une massue. Ça fait pas un pli : quatrième sifflement, sonorité d’un sac de viande avarié tombant sur le sol de la morgue.

Il avait raison, Henri, ça pue. D’ailleurs celui-ci n’en mène pas large malgré son fusil à pompe. Et moi, si j’ai bien compris la teneur de l’événement, les gants de boxe sur pattes n’ont plus l’efficacité requise pour repousser les gyrovagues. Je me tourne vers Léon qui se tourne vers son  frangin qui se tourne vers la sortie de secours cadenassée et verrouillée contre laquelle s’agglutine un conglomérat d’aficionados du branle-bas de panique. Il hausse les épaules et explique que c’est pour lutter contre la resquille. Ben voyons.

 

Une voix métallique résonne soudain dehors. Jamais je n’avais entendu un truc pareil. J’ai l’impression qu’un chien enrhumé s’est retrouvé tout à coup doué de la parole et que tout content de ce nouveau privilège il s’est pris de passion pour l’art de vomir dans un porte-voix. Et je ne vous parle même pas du larsen qui souligne chaque terminaison de phrase.

 

Le gyrovague, qui d’autre, répète son injonction plus lentement.

— Comme vous vous en êtes sans doute aperçus, nous sommes équipés d’une arme nouvelle et nos objectifs ont changé. Nous savons que le transfuge est parmi vous. Livrez-le nous et il ne vous sera fait aucun mal. 

 

Le gyrovague n’a pas terminé sa déclaration que tous les regards se tournent vers moi et ce que je peux y lire n’est pas de très bon augure. (à suivre)

publié dans : feuilleton communauté : L'écriture dans tous ses états
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Dimanche 20 avril 2008

L'écriture, c'est comme l'armée, on y retrouve tout le monde. Des avocats, des secrétaires, des boulangères, des critiques littéraires, des énarques, des politiciens, des fils de famille, des vagabonds, et même quelques écrivains.

 

(Jean-Marie Laclavetine, extrait de Première ligne) Cliquez sur la photo pour en savoir plus.

publié dans : Billet d'humeur communauté : L'écriture dans tous ses états
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