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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Jeudi 28 février 2008

Lorsque j’étais môme, j’étais passionné par un feuilleton télévisée diffusé tous les soirs avant les informations : Rocambole avec Pierre Vernier dans le rôle-titre. J’appris par la suite que l’auteur, Ponson du Terrail, avait publié ses histoires rocambolesques sous forme de feuilleton dans Le Petit Journal. Ponson du Terrail écrivait très vite et ne se relisait jamais. On lui doit ces quelques perles : « Il avait les mains froides comme celles d’un serpent. », ou « en voyant le lit vide, son visage le devint aussi. ».

 

La publication de ce roman en gestation Le Bistrot, dont à peine quatre pages sont griffonnées sur un cahier à spirale (le plus étonnant des traitements de texte) m’a soufflé l’idée d’écrire au jour le jour un feuilleton à la manière du créateur de Rocambole. Je n’ai aucune idée d’où cela va nous mener, mais quelle aventure en perspective. En jazz, on appelle ça une improvisation. Voici donc, ci-dessous, la suite du Bistrot toute fraîche pondue ce matin. 

***

Erwan plongea son regard dans le mien. Ce fut comme si un bricoleur fou perçait mon crâne avec un foret à béton.

— Vous le connaissez, n’est-ce pas ?

— Qui ?

Ce fut un sentiment bizarre. Celui du mot piégé sur le bout de la langue, avec cette légère nuance correspondant au nom de ce comédien dont vous ne vous souvenez plus du nom ; il jouait dans quel film déjà ? Je jetai un bref coup d’œil sur mon verre vide. Qui devrais-je connaître ? Erwan insista.

— Le type, là dehors. Vous le connaissez.

Erwan, à ce moment, ne me paraissait plus si sympathique. Réfléchissez ! Trouveriez-vous aimable le toubib qui s’apprête à vous faire une biopsie du cerveau. Moi, non. Pris de vertige, je fermai les yeux. Sur l’écran noir de mes paupières, un film se déroulait au ralenti.

L’homme insistait, frappait du poing sur la vitre. Sous l’averse, il proférait de muettes imprécations. Un reliquat de cheveux dégoulinait sur son visage famélique. Il me montrait du doigt, me faisait signe de sortir et agitait ses bras en tout sens. Lorsque le rideau de fer avait dégringolé, je remarquai enfin le détail qui signifiait que la tarière venait d’atteindre le centre de mon cortex cérébral. L’homme chassa la longue mèche trempée qui balafrait son visage et je sus enfin que le diagnostic d’Erwan était exact. Cet homme désespéré qui gesticulait sous la pluie, qui cultivait depuis des lustres cette interminable et famélique mèche de cheveux pour camoufler en vain sa calvitie, c’était Robert Jansen, mon associé. (à suivre)

publié dans : feuilleton communauté : L'écriture dans tous ses états
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