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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Vendredi 7 mars 2008

Je marmonnai que je n’avais pas envie de pisser. Qu’ils étaient bien gentils, les deux marioles, mais qu’ils commençaient à me courir sur le haricot. C’est le drame de ma vie ça, toujours à rencontrer les gens qu’il ne faut pas. Et à tout prendre, je préférais encore cette garce de Gisèle. Elle avait au moins le mérite de me faire rêver, elle, tandis que ces deux affreux… Je récupérai mon portefeuille dans la poche de mon pardessus, sortit un billet de 50 que je jetai sur le comptoir avec des airs de grand duc en fin de tournée et réitérai ma demande au sujet du rideau de fer.

 

Avec l’expression d’un gars qui voulait rapidement en finir avec sa corvée de chiottes, Erwan se leva de son siège et me prit par le bras. Au moment où ses doigts se refermèrent sur mon poignet je ressentis une sorte de chambardement dans ma poitrine. Imaginez qu’un arc électrique se déploie d’un seul coup à l’intérieur de vos poumons et qu’au même instant un nœud coulant de fil incandescent se serre autour de votre cœur. Je reculai comme un chat pris au piège. Dans ma précipitation, je me cognai contre un tabouret de bar et m’affalai comme un sac dans la sciure. Je jurai. Quel abruti de cafetier pouvait encore mettre de la sciure sur le sol de son estaminet. Le chapelet de grossièretés qui fusa hors de ma bouche desserra légèrement le filament qui entravait mon palpitant. Me remémorant mes cours de judo, je roulai sur moi-même. Erwan gueula quelque chose dans une langue qui ressemblait à du gaélique ancien. Décidément, mes souvenirs de lecture trouvaient de drôles d’occasions pour remonter à la surface. Je n’eus pas le temps d’approfondir le sujet. Erwan se jeta sur moi, me récupéra par le col de mon pardessus et m’immobilisa par une clé au bras. Le nez dans la sciure, j’avais du mal à faire le point. Je vis arriver les sabots chitineux de Léon. Cet enfoiré traînait les pieds et j’ai toujours eu horreur de ça. Ma mère qui, parfois en sortait des vertes et des pas mûres, appelait ça la démarche agricole. Je tentai de me rebiffer une fois de plus. Erwan me chuchota quelque chose à l’oreille. Quelque chose à propos de l’efficacité supposée du nerf de bœuf. J’entendis un sifflement là-haut dans les airs, une fraction de seconde plus tard quelqu’un éteignit la lumière. (à suivre)

 

publié dans : feuilleton communauté : L'écriture dans tous ses états
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