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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Mercredi 26 mars 2008

Fier comme un coq déplumé couvert de merde, je me redresse face à mon accusateur. Je pose un doigt tremblant sur sa poitrine. Ça me fait bizarre sur la mienne. Pourquoi ? Lui garde bien sagement les bras le long du corps, comme un écolier discipliné. Suis-je bête. Je comprends subitement. Je pige enfin ce qu’un enfant de cinq ans moyennement intelligent aurait compris depuis un quart d’heure. C’est comme quand je me regarde dans un miroir, mon regard se pose sur son reflet, l’autre moi-même se moque bien souvent de moi à cet instant-là. Le doigt fantôme posé sur mon sternum semble lui aussi se moquer de moi. Mon alter ego se penche et me chuchote à l’oreille.

— Nous sommes tous ceux que tu as été et que tu as trahis. Nous sommes tous tes futurs possibles que tu avortes à chaque instant, à chaque mauvaise décision que tu prends, à chaque fois que tu remets quelque chose au lendemain. Regarde-nous plus attentivement et médite.

Il a disparu de mon champ de vision. Je regarde et je médite.

Des enfants, de tout âge ! Ils sont couverts de dartre, d’écorchures et de gnons. Tiens ! Celui-ci. Il a quoi, douze ans. Il voulait un vélo. Il insistait pour l’avoir ce putain de vélo. Il harcelait sa mère qui lui répétait à l’infini que depuis que papa était parti avec sa blondasse, elle tirait le diable par la queue. En essuyant une larme, elle expliquait encore et encore qu’elle faisait ce qu’elle pouvait pour que lui et son petit frère ne manquent de rien. Mais pour le vélo, il faudrait attendre un peu. Le petit morveux piquait des colères. Le petit morveux cassait tout dans la maison. Le petit morveux voulait ce vélo. Un point c’est tout !

Et ce grand con de bientôt vingt ans. Tout bouffi, tout mâchuré. Ce grand pourri qui s’était tellement moqué de l’amour que la petite grosse lui portait que celle-ci avait fait une tentative de suicide en se jetant de deuxième étage de la résidence. Elle ne mourut pas ce jour-là. Elle prit seulement un billet pour Handicap Land. Dans un fauteuil de première classe. Le grand con ? Il avait haussé les épaules et était allé se bourrer la gueule avec ses potes, au concert de Meet Loaf.

Mes genoux tremblent. Il y a trop de monde dans ma vie de sale égoïste. Je détourne les yeux. Ils tombent sur un pauvre vieux qui sanglote dans un coin en contemplant ses mains déformées par l’arthrite.

— Qu’as-tu fais de nous, bredouille-t-il. Tu te souviens ? Tu voulais être musicien. Tu voulais interpréter John Dowland au luth électrique. Tu te disais comme ça : j’aurais un bon job et je pourrai financer ce rêve. Tu as financé les bars de tout le quartier en bavassant tes rêves avortés.

Je n’en peux plus. Je ne sais que répondre. D’autres s’avancent, la réprimande aux lèvres, le reproche sourd de leur bouche haineuse comme de l’huile de vidange d’un carter crevé. Ma vie, c’est le troisième Reich en plus dégueulasse. Ma vie, c’est le portrait de Dorian Gray barbouillé par un schizophrène. (à suivre)

publié dans : feuilleton communauté : L'écriture dans tous ses états
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Commentaires

Le coup de déprime de Georges! Ses rêves et ses désirs qui défilent! Surtout ses échecs... On est pris par le texte et son histoire!
Commentaire n° 1 posté par ALAIN JULIEN le 26/03/2008 à 11h27
Pauvre Georges, que lui arrive-t-il? Pourquoi les autres lui font remonter tout son passé, en particulier ses échecs, tristes à mourir!
Commentaire n° 2 posté par Loula le 26/03/2008 à 16h57
Excellent thriller, les zombies du passé hantent le présent...
Commentaire n° 3 posté par vasy07 le 27/03/2008 à 10h08
il me plait ton écrit ... on devrait tous se demander un jour ce qu'on a fait de nous même !!! c'est édité ???? bonjour, merci de venir régulièrement me voir, bise amicale
Commentaire n° 4 posté par plume le 27/03/2008 à 14h48
Non ! Ce n'est pas édité. C'est improvisé au jour le jour. Lorsque ce sera fini, c'est-à-dire lorsque j'aurai atteint environ 120 000 mots, je relierai tout ça,je "remettrai en place" (c'est du langage de musicien) et le proposerai à des éditeurs.
Commentaire n° 5 posté par Bruno.M le 27/03/2008 à 15h20
J'aime revenir sur mes pas... Et je ne regrette pas, puisqu'il y à une info... Une de tes futurs édition.
Commentaire n° 6 posté par ALAIN JULIEN le 28/03/2008 à 21h48
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