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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Mardi 1 avril 2008

Attentat au HVC

 

Deux jours plus tard, deux hommes se présentèrent aux bureaux de Hard Wiever Consortium. Ils demandèrent à rencontrer Christy Wesley.

Derrière le desk ultra moderne, un costaud sanglé dans un costume bleu police, cravate noire, leur jeta un regard indifférent. Deux autres armoires à glace discutaient dans un coin. Même couleur bleu police, mais chemise à épaulettes de coupe militaire cette fois. Baudrier avec matraque souple, bombe lacrymogène et arme de poing à canon court. Ces deux gars n’étaient pas employés à raconter un florilège des blagues de Benny Hill. Des caméras de surveillance partout, comme des boules sur un sapin de noël. Ce n’était pas un hall d’accueil, c’était un bunker. Un panneau était suspendu derrière le desk, au dessus du vigile. Une sauterelle de dessin animé, caméra au poing, brandissait un pouce triomphant. La caméra ressemblait à un revolver. La sauterelle souriait de toutes ses dents. Des dents de requins.

Slogan : H.W.C ! Nos yeux sont vos armes.

Cool !

Le vigile leur demanda leurs noms en consultant son écran d’un œil morne.

— Nous n’avons pas rendez-vous, précisa l’un des hommes. Un arabe à la barbe impeccablement taillée. Costume noir, veste longue sans col. Main de Fatima en guise de boucle d’oreille. Look d’imam déjanté rock’n’roll. L’autre demeurait silencieux. Il ressemblait à un débardeur des halles endimanché. Il tenait dans sa grosse paluche un attaché-case métallique. Ses lèvres souriaient niais, mais son regard suggérait une intelligence supérieure ainsi qu’une cruauté performante.

Le vigile appuya sur le bouton d’un interphone. Il dévisageait maintenant les deux visiteurs avec suspicion. Quelque chose ne tournait pas rond chez ses deux-là. Il fit un signe discret à ses deux collègues. Dans l’interphone, une voix féminine, autoritaire, demanda de quoi il s’agissait.

— Quelle est exactement le but de votre visite, messieurs ? demanda le vigile. Voix neutre. Aucun sentiment ne transpirait. Professionnalisme parfait.

Ses deux collègues approchaient lentement sans faire de vague. « ÉON ! Étudier le terrain. Occuper le terrain. Nettoyer le terrain. » songea l’Arabe. La devise de Hard Wiever Consortium. L’un d’eux, la main sur son arme, se la jouait grave cow-boy. L’autre, moins agressif, mais peut-être plus dangereux, balayait le hall d’un air désintéressé, genre brocanteur dilettante dans un vide-grenier de province. Il porta la main à son oreille. Une démangeaison due à son oreillette, sans doute. L’autre chuchotait dans un micro placé sur son col. Le débardeur des halles leur envoya un petit bisou homologué tapette. Le regard du brocanteur se durcit. Dans le fond, du renfort arrivait.

— On entre pas chez vous comme dans un moulin, dit le débardeur endimanché. Impressionnant, hein !

Le vigile demeurait imperturbable. L’Arabe s’accouda gentiment sur le desk. Genre entre copains, on va pas faire d’histoires.

— Dites à monsieur Wesley que nous lui apportons des éléments utiles afin de procéder à une modification des paramètres mondiaux.

Le vigile leva les yeux.

— Des paramètres mondiaux ?

— Dites-lui aussi que nous aimerions avoir des nouvelles d’un ami cybernéticien. Il comprendra.

— Je vois. Je vais vous demander de patienter quelques instants, s’il vous plaît. Mademoiselle Johns va vous recevoir.

Une femme les rejoignit quelques minutes plus tard. Grande quinquagénaire ultra sexy, cheveux noirs nattés gouvernante, tailleur classique ultra moulant, bas noir, escarpins vernis. Regard glacé derrière des lunettes cerclés d’or de working girl. Sourire professionnel.

— Visez-moi Gwendoline, dit le débardeur. Manque plus que le fouet.

L’Arabe s’inclina, la main sur le cœur. Réitéra sa requête. Sourire mille et une nuits, comme pour inspirer confiance. Working girl, yeux d’acier, sourire absent, ne se départit pas de son flegme version maîtresse dominatrice. Il y avait belle lurette qu’elle ne frissonnait plus sous le regard des sultans d’opérette.

— Je regrette. Lord Wesley ne pourra pas vous recevoir. Il est très occupé. Que puis-je faire pour vous ?

L’Arabe eut une mimique d’agacement, aussitôt rattrapé par un sourire chaleureux d’une hypocrisie grand style. Il expliqua que malgré son amabilité la dame ne pouvait rien pour eux. Insista encore. Précisa que tout ceci étant très technique, vous comprenez…

— Nous devons rencontrer votre boss, dit le débardeur en reniflant. L’amitié, vous savez ce que c’est. On s’inquiète, on se fait du souci. Vous sentez pas comme une odeur ? Le roussi, non ?

— Lord Wesley n’est pas là, répéta Miss Johns qui ne releva pas l’allusion. Laissez-nous vos coordonnées, nous vous contacterons.

— C’est inutile. Nous reviendrons.

Les deux hommes prirent congé, sans plus d’explication. Au passage, le débardeur fit un pied de nez aux vigiles.

 

Cinq étages plus haut, dans son bureau, Wesley regardait son écran de contrôle. Il reconnut Fulton.

— L’émir doit être ce Farabi je ne sais quoi, dit-il en se tournant vers Robert Gottun qui attendait à côté de lui, les bras croisés et la mine imperturbable d’un chef sioux.

— L’autre, vous pensez que c’est un homme de main ? Un garde du corps, peut-être. J’ai travaillé pour des arabes, dans une autre vie. Ces gars-là sont les champions de la paranoïa. Du grand style.

— Prends deux ou trois gars avec toi et retrouve-moi ces deux zigotos. Je pense qu’une petite leçon leur ferait le plus grand bien.

— Ce sera fait ce soir même, my lord. Ces deux individus seront informés de votre désir de tranquillité. Je crois qu’ils apprécieront la subtilité de nos arguments.

Le gorille prit congé en tripotant la boucle d’oreille que sa petite amie lui avait offert trois jours plus tôt pour ses quarante ans. Un diamant de trois carats.

Deux heures plus tard, exactement à l’heure de la fermeture, le débardeur des halles revint, seul cette fois. Il posa son attaché-case sur le desk, l’ouvrit sous l’œil interloqué du vigile, adressa un bras d’honneur aux deux autres vigiles et plongea la main dans la mallette.

Il y eut un grand SWOUP ! suivi d’un silence de quelques secondes. Les secours dénombrèrent douze morts et dix-huit blessés.

publié dans : Roman (extrait) communauté : Diaspora Zorange
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