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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Mardi 22 avril 2008

On me demande souvent d’où viennent mes idées et toutes les loufoqueries que je ponds à longueur de journée. J’aurais tendance à répondre : de partout et de nulle part. Mon subconscient enregistre une multitude d’informations, ça infuse quelques temps et ça surgit un beau matin comme une bulle à la surface de l’eau. Ça tient souvent en quelques mots jetés à la hâte sur un calepin. C’est ce que j’appelle le monstre. Charge à moi ensuite de l’étoffer un peu. Je viens de retrouver dans mes archives l’un de ces monstres. Je vous le délivre tel qu’il a été griffonné je ne sais quand. Dans quelques temps, je vous livrerai le texte achevé.

 

Bordeaux. Juillet 2057

 

La troisième division de chars Guépard immobilisé à 20 kilomètres de la ville.  

 

Lieutenant-colonel Fabrice Delorme, commandant en chef de la division. De retour d’Espagne.

 

Bordeaux occupée par les factions du djihad d’Azraël.

Pas de civils. Ceux qui n’ont pas fuit on été exécutés.

 

La mission du lieutenant-colonel Delorme, nettoyer le secteur dans un rayon de 15 kilomètres autour du centre-ville.

Le haut commandement n’a pas prévu de négociation.

 

L’officier de reconnaissance Gendron au rapport.

 

— D’après nos sources, ils ne sont que quelques centaines embusqués comme des rats dans la ville. Armés jusqu’aux dents quand même. Ils disposent de 450 robots de combat Destroyer 4e génération, de deux batteries de missiles Stinger et de l’appui des mutants transgéniques génois. Ils ont installé des barrières d’anti-matière sur tous les axes d’entrée de la ville. Je préconise l’utilisation des nucléaires.

 

Le lieutenant-colonel Delorme gardait le silence. Il prit ses jumelles à lumière courbe et inspecta l’horizon.

 

— La ville est en paix, dirait-on. Regardez. Un magnifique couché de soleil. Quelles sont nos chances de ne pas provoquer une réaction en chaîne à cause des barrières d’antimatière.

 

— Quasi nulle. Ils utilisent du matériel obsolète. En cas de réaction, les dégâts de dépasseraient pas un rayon de 50 kilomètres. Si nous utilisons les différés, nous avons le temps de nous éclipser avant le feu d’artifice.

 

Le lieutenant-colonel Delorme demanda :

— Avez-vous déjà aimé, capitaine ?

— Euh… oui, bien sûr.

Delorme regarda le capitaine Gendron avec un air amusé.

— Non je ne crois pas. Vous hésitez trop. – Il fit une pause. – Mon grand-père et ma grand-mère sont enterrés là-bas, dans cette ville. Ces deux-là se sont aimés comme vous ne pouvez pas imaginer. Elle est morte le 7 janvier 2034. Il s’est endormi pour ne jamais se réveiller 8 jours plus tard. Le temps d’organiser les obsèques et d’expédier les affaires courantes. Dans notre famille, leur amour est devenu une légende. Pour notre clan, cette ville est un sanctuaire.

— Je l’ignorais, répondit le capitaine Gendron.

— Attendez.

Delorme sortit de sa poche, un morceau de papier plié et jauni.

— Lorsqu’il lui faisait la cour, ma grand-mère se moquait de lui en lui disant qu’il était aussi romantique qu’une panzer division. Il lui a répondu dans cette lettre datée du 15 septembre 2007, que pour la rejoindre – à l’époque, ils ne vivaient pas encore ensemble – il stopperait sa panzer division au portes de Bordeaux et que par amour pour elle il entrerait sans armes dans la ville.

— Je ne comprends pas. Il n’y avait pas de guerre à l’époque.

— Vous êtes un âne. Et vous ne savez pas ce que veut dire le verbe aimer.

— Quels sont vos ordres, lieutenant-colonel ?

— Pas de nucléaires. Nous contournons la ville et remontons sur Poitiers. Que ces affreux du djihad d’Azraël se débrouillent avec leurs mutants. Pour ce que j’en sais, ils sont suffisamment instables pour se révolter sous peu.

— Mais…

— Rompez.

 

publié dans : Trucs et techniques communauté : L'écriture dans tous ses états
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