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Permettez-moi tout d'abord de vous faire un aveu. Je n’existe pas. Je suis un rédacteur fantôme, un ghost-writer, comme on dit en anglais. Je mets ma technique au service de vos écrits, de vos idées. Quelque soit mon niveau d’intervention, vous demeurez le créateur, le décideur de tout ce que vous souhaitez exprimer. Vous composez la chanson, je veille à ce que l’arrangement soit bon. Vous construisez une maison, votre roman par exemple, j’en contrôle l’équilibre et la pertinence. Au besoin, je suggère une petite finition çà et là mais en définitive, le boss, c’est vous !

bruno.michard@orange.fr
 
 
 

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Jeudi 12 juin 2008

À l’extérieur, une clameur épouvantable déblatère des invectives dans une langue inconnue. Imaginez une bonne centaine d’ânes essayant d’imiter la Castafiore et vous aurez une vague idée du vacarme ambiant. Le type au mégaphone braille que l’ultimatum est terminé.

Henri tripatouille un de ces appareils chitineux comme on en trouve un peu partout dans cet univers en folie. Une des touches ne fonctionne pas correctement. Léon roule des yeux qui n’annoncent rien de bon. Je crois y lire un message du genre : Si tu te magnes pas un peu, frangin, on va se prendre la déculottée de notre vie.

Un craquement sinistre suivi d’une cavalcade évoquant vaguement la transhumance expresse d’un troupeau de mille-pattes de 100 kilos la pièce nous invite à faire fissa. Léon transpire des litres d’une sueur épaisse fleurant bon l’abus de côtes-du-rhône. Henri s’escrime sur son clavier comme si sa vie en dépendait. Remarquez bien qu’il y a un peu de vrai dans ce que je viens de dire, mais j’avoue sans vergogne que la vie du tartempion local, pour l’instant, n’est pas celle qui me préoccupe le plus. Vous avez remarqué, on est d’un égoïsme parfois, surtout dans ces moments-là. Seul Eddy Constantine reste imperméable à l’affolement qui nous gagne et mastique son chewing-gum en toute sérénité. Quant au lapin… allez donc savoir ce qui se passe dans la cervelle d’un lapin en peluche d’un mètre de haut.

Soudain, la touche récalcitrante arrête subitement de récalcitrer. Un panneau métallique pivote sur lui-même dans un grincement de ferraille rouillée. Léon gueule que, nom d’un cormoran plastifié, l’huile, c’est pas fait pour les chiens tandis que son frère lui adresse un doigt tendu bien haut lui demandant s’il lui fallait aussi du lubrifiant pour celui-là. Sur ce, les frères barman s’engouffrent dans l’issue de secours, je leur colle au train comme une bernique sur un rocher de Plougastel et le lapin me saute sur les épaules en jurant comme un charretier. Le panneau métallique se referme dans un fracas de scène de ménage chez les Gargantua laissant Eddy Constantine, toujours aussi imperturbable aux prises avec les Desperadygmes gyrovagues.

— Cette marionnette était vraiment trop encombrante, grogne le lapin. Et puis ventriloque, c’est pas une vie. Moi, je voulais être chasseur de primes. (à suivre).  

publié dans : feuilleton communauté : L'écriture dans tous ses états
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